Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/902

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cristal, étincelle sous les rayons du soleil. Du côté de l’Est, la plaine s’élargit et s’abaisse de plus en plus. Cependant elle est barrée par une dernière ligne de collines de forme singulière : ce sont des escarpemens de grès rouge dont la stratification a été redressée par quelque cataclysme, de manière à devenir exactement verticale.

La façade que l’on voit du côté Sud, modelée par les élémens eu cannelures parallèles, ressemble, dans certaines de ses parties, à un jeu d’orgues colossal. Cette érosion singulière paraît avoir été produite par le vent plutôt que par les eaux. La muraille rocheuse, haute de plusieurs centaines de mètres, et dont le sommet est étrangement découpé, semble n’avoir qu’une bien faible épaisseur : ce doit être en quelque sorte un simple mur, car, à une très grande hauteur au-dessus de la plaine, une des excavations inaccessibles qui la sculptent la perce de part en part, et forme un grand trou rond à travers lequel on voit le ciel.

Le capitaine Younghusband, que je rejoindrai à Kachgar, a élucidé tout dernièrement, sur le Pamir, un autre phénomène naturel dû à une circonstance de même ordre. Un des pics les plus escarpés et les moins accessibles de la région qu’il traversa présentait, près de son sommet, une surface rocheuse qui, à certaines heures de la journée, devenait lumineuse. Les indigènes attribuaient à ce phénomène une cause magique. M. Younghusband, résolu à savoir ce qu’il en était, exécuta la difficile ascension du sommet, et là, il reconnut que le phénomène en question tenait tout simplement à l’existence d’une caverne, dont la voûte réfléchissait, à certains momens du crépuscule, les rayons du soleil, entrant par une seconde ouverture, invisible d’en bas et située sur l’autre versant de la montagne. Cette disposition, aux heures où le versant tourné vers les observateurs était déjà plongé dans l’ombre, produisait un effet particulier qui avait motivé la légende.

La traversée de cette plaine dure plusieurs heures ; elle est pénible. Un vent d’Ouest assez fort s’y élève et soulève en tourbillons une poussière épaisse qui remplit l’air et qui forme, sous nos yeux, de petites dunes peu élevées, mais très mobiles, animées d’un mouvement général vers l’Est. Ces petites dunes, isolées les unes des autres, n’ont guère qu’un mètre de hauteur. Elles avancent rapidement.

Je profite de cette circonstance pour observer dans de bonnes