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et du promontoire des Santons [1]. D’après lui, ce promontoire aurait été le cap avancé au large de l’île d’Aix ou de l’île Madame ; mais nous avons vu plus haut qu’il est plus rationnel de le placer à la pointe de la Coubre, où il faisait face au cap Curianum, qui marquait la saillie de l’ancienne île d’Antros, et dont il n’est resté que l’écueil de Cordouan, les deux caps constituant ainsi les deux musoirs extrêmes de la vieille Garonne. Quant à l’ancien port des Santons, il se trouvait incontestablement au havre même du Brouage, qui s’ouvrait sur l’Océan exactement à égale distance des embouchures de la Seudre et de la Charente, et dont le prolongement en amont des remparts de la place forte va se souder, au moyen d’une écluse, au canal de navigation qui réunit les deux petits fleuves de l’Aunis et de la Saintonge, et fait communiquer le port de Marennes avec ceux de Rochefort et de Tonnay-Charente.

Le Brouage est aujourd’hui à près de 3 kilomètres de la mer. A droite et à gauche du havre qui longe ses murailles et qui fut l’un des principaux ports de l’empire romain s’étendent aujourd’hui des marais salans, des marais gâts, de vagues prairies, des réservoirs à coquillages et à poissons. Mais le port n’existe pour ainsi dire plus. La ville n’est qu’une ruine désolée, et c’est même une ruine presque récente. Pendant la période de l’occupation anglaise et à l’époque des dernières guerres de religion, le Brouage, encore accessible aux plus grands navires du temps, était considéré comme un point stratégique de premier ordre et avait une sérieuse importance militaire. La ville, quoique assez mal protégée par une enceinte qui datait de Charles IX, résista courageusement aux protestans commandés par le prince de Condé, et celui-ci dut se contenter de faire couler à l’entrée de son havre des bateaux chargés de pierres afin de détruire son commerce et de ruiner son port. Par un juste retour des choses d’ici-bas, quarante-deux ans après, Richelieu choisit le Brouage comme centre de ses arméniens maritimes pour réduire la Rochelle, et l’ingénieur d’Argenson déploya toute sa science d’architecte à entourer la ville d’une nouvelle enceinte. Le port recreusé vit renaître son trafic, et l’imposante masse des fortifications du XVIIe siècle, restée presque intacte, est un des plus beaux spécimens de l’architecture militaire très peu antérieure à l’époque de Vauban.

  1. Σαντόνων λιμήν, 16°, 30’ — 46°, 45’. — Σαντόνων ἄκρον 16° — 47°, 15’. Κανεντέλου ποταμοῦ ἐκϐολαῖ, 17° 15’. — 47° 45’. Ptol. Géogr. II, VII, 1.