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boxeurs et sociétés secrètes en chine.

M. Delcassé a signalé à la tribune de la Chambre le dernier remaniement du Tsong-Li-Yamen. Les huit vieillards du Tsong-Li-Yamen n’étaient pas bien redoutables pour l’impératrice. Leur timidité, leurs hésitations lui garantissaient leur obéissance. Cependant, elle a cru devoir en expulser le prince Ching, favorable aux réformes, et y faire entrer Tuan avec quatre Mandchous animés des passions les plus violentes.

Un autre épisode, tout à fait récent, n’est pas moins significatif. Je veux parler des mesures prises contre les infortunés fonctionnaires qui avaient collaboré, avec l’autorisation impériale du reste, à l’administration de certaines lignes de chemins de fer, concédées à des compagnies européennes, et construites avec des capitaux occidentaux. Liu, qui s’était occupé du chemin de fer de Taï-Yuen-Fou ; Chiu, ancien président du bureau de commerce du Shan-Si, qui avait pris part à la même affaire ; Sing, qui avait obtenu la concession russe pour le chemin de fer de Thien-Ting à Taï-Yuen-Fou, ont été, ces jours derniers, décrétés d’arrestation par le gouverneur du Shan-Si, à cause de leurs rapports avec les étrangers. Notons, en passant, que ce gouverneur est justement ce Yu-Shien qui avait organisé le mouvement boxeur dans le Chan-Toung. Heureusement, les inculpés, sentant venir l’orage, s’étaient mis à l’abri des recherches de la police et l’on n’a pas pu les saisir.

Il est inutile de pousser plus loin l’énumération de pareils exemples. Le moindre lecteur de journaux est convaincu aujourd’hui qu’une entente absolue existe entre le gouvernement de Tsou-Shi et les Boxeurs. Or j’ai bien marqué, je crois, ce que j’entends par Boxeurs. Ce n’est pas une société secrète particulière, avec laquelle l’impératrice pourrait traiter, qu’elle pourrait tenir en bride, à qui elle pourrait opposer l’influence rivale d’autres sociétés ; c’est un formidable mouvement insurrectionnel entraînant toutes les sociétés secrètes de la région centrale de la Chine, du Tchi-li, de Pékin, et ralliant toute la population acharnée contre les Européens.

En déchaînant une pareille force, l’Impératrice a commis une imprudence analogue à celle d’un gouvernement européen, qui ferait appel, pour défendre la domination d’un parti, ou même les institutions, aux forces antisociales, anarchistes ou collectivistes, qui pullulent un peu partout en Occident à l’heure qu’il est. À ce jeu, elle ne risque pas seulement de détruire son propre pouvoir et la dynastie, mais la Chine elle-même. L’intervention européenne, nécessitée par les derniers événemens, ne peut en effet manquer de se terminer tout