Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/287

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et, comme il y a vingt et un ans, les expulsions manu militari, ni la suppression du budget des cultes, ni la séparation de l’église et de l’Etat, qui s’ensuivrait. La séparation de l’Eglise et de l’Etat, « l’Eglise libre dans l’Etat libre, » un catholicisme comme en Amérique, le droit pour nos évêques de tenir des conciles ? de fonder des Universités ? de prendre leur part de l’action politique ? Je suis persuadé que la République n’en voudrait pas ! Elle en aurait trop de peur ! Elle ne voudrait pas, elle ne voudra pas davantage de la persécution violente, ou du moins elle attendra, pour en user, que les circonstances la permettent, et on ne peut sans doute répondre de rien, dans le temps vraiment et proprement révolutionnaire où nous vivons depuis trois ans ; mais cette persécution, j’espère encore que les circonstances ne la permettront pas. Mais ce que l’on voudrait, c’est la séparation de l’Eglise et de Rome, Los von Rom, comme on dit ailleurs ; et la loi de 1901, à la bien considérer, n’est que le premier pas vers la « nationalisation, » si je puis ainsi parler, de l’Eglise et de la religion.

Il y aurait bien des choses à dire sur le rôle des congrégations dans l’Eglise, j’entends ces grandes congrégations qui sont dans la main du Souverain Pontife, les Jésuites, par exemple, ou les Dominicains. Ce n’est pas ici le lieu d’y insister, et aussi bien l’ai-je fait ailleurs. Mais ce qu’il faut pourtant savoir, c’est qu’elles sont dans le catholicisme les organes et l’instrument même, si je puis ainsi dire, de la « catholicité. » Le clergé séculier, d’une manière générale, — et je n’offenserai sans doute personne en le rappelant, puisqu’un Bossuet lui-même en a pu mériter le reproche, — ou encore, et, d’un autre mot, les clergés « nationaux » ont une tendance naturelle à « localiser » la religion. Sans remonter plus haut, et sous le régime de la plus entière liberté, n’est-ce pas ce que l’on a vu récemment, de l’autre côté de l’Atlantique, par exemple ? Et ce qu’à Rome, un moment, on a le plus redouté de l’ « américanisme, » n’est-ce pas de le voir devenir, si l’on n’y prenait garde, un « catholicisme américain ? » Le rôle des grandes congrégations est précisément de s’opposer à cette « localisation » du catholicisme. De Rome, c’est-à-dire du centre de l’unité catholique et sous l’inspiration du Souverain Pontife, leur mission est de veiller sur tout ce qui pourrait compromettre, atteindre, ou rompre cette unité. Les protestans impartiaux, je crois en avoir fait plusieurs fois la