Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/330

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résurrection de son moi, et son passé, maintenant épars, le salue tandis qu’il demeure lui-même sous sa forme condensée et individuelle… [1] : Ce que tu crois perdu ne s’anéantit pas, mais te revient au contraire rafraîchi et rajeuni au sein de la nature. Tes vœux, tes supplications, tes prières, tu les vois passer devant toi dans leur accomplissement. Les désirs, à peine avoués jadis dans un souffle de ta lèvre, trônent aujourd’hui, rayon-nans d’azur et d’or dans les corolles de ces Meurs. Les vœux que tu as exhalés tout bas vêtissent des vierges végétales sur la lande montueuse : les aspirations sans espoir sont devenues des chants d’oiseaux ou des parures de fleurs. Ton espérance d’autrefois s’ouvre en bourgeons innombrables dans l’ivresse du printemps, pour y être enfin satisfaite. A tes côtés, au loin, à l’infini, te salue tout ce que tu as jamais possédé dans ton âme.

Enfin, lisons cette Incarnation de vœux peut-être un peu trop appuyée déjà, quoique bien aimable encore.

Les vœux depuis longtemps éteints de cœurs fidèles rayonnent ici dans l’éclat des cierges royaux du « bouillon blanc » et dans les flammes brillantes de ces l’oses, dont les chauds rayons incarnent ardemment tous les désirs du passé, afin de compenser des joies qui ne furent pas goûtées. — Coquelicot de pourpre, qui donc es-tu ? — Je suis la haute, la fière réalisation du songe que fit jadis la servante, tandis qu’elle souhaitait, en son demi-sommeil de l’aurore, posséder à son tour le vêtement éclatant de sa maîtresse. Vois pourtant, humble fille, combien ton vœu s’est richement incarné. : Dieu ! quelle robe magnifique, à la traîne soyeuse, plus riche et plus belle encore que tu ne l’aperçus en ton rêve ! Elle bruisse là-bas dans le blé : va donc, et cueille ta parure empourprée.

Voici la vesce couronnée d’or, auprès du pont rustique, le long du sillon pierreux. Mais, j’y pense, elle est là sans doute pour la fillette du voisin. On a sans cesse entretenu l’enfant des couronnes éclatantes du ciel qui attendent les élus dans un avenir bienheureux. Oh ! si jamais elle pouvait porter cette couronne ! Et ce sont ces tendres vœux qui, brûlans de s’accomplir, se sont assemblés pour former des ombelles éclatantes, et, dessiner de petites couronnes tout en or.

Nous sommes ici sur les confins du maniérisme, peut-être ; mais quelle délicatesse dans cet effort consolateur, qui réalise par la magie de l’inspiration des désirs trop souvent froissés dans la vie par la destinée inexorable ! Afin de ne pas étendre à l’infini des citations trop prolongées déjà, nous terminerons par un poème qui exprime vraiment avec majesté l’effort des hommes du passé, avides de reprendre à la lumière du jour une existence nouvelle, qui leur sera d’abord accordée seulement sous la forme végétale. — Il s’intitule le Retour.

  1. Nouveaux Poèmes. — Réincorporation.