Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/342

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Ce n’est pas notre civilisation, simple vernis jeté sur l’intime barbarie de l’aine, qui pourra vaincre la superstition, la crainte des esprits malins : mais seulement cette civilisation future, dont le principe sera de ne créer, jamais, en aucun lieu, la douleur. Car, sans tortures infligées, il n’y a pas de monstres surnaturels.

Enfin, Oswald et Clara, la dernière œuvre de Wagner présente bien encore quelques châtimens allégoriques pour les méfaits du genre humain, mais non sans trahir la visible fatigue que nous avons déjà signalée chez l’auteur des Nouveaux Poèmes. Ces races d’alligators à ressemblance humaine, ces comètes destructrices des mondes nous laissent indifférens et sans émotion.

Considérons donc plutôt à leur tour les récompenses annoncées par le Promeneur du Dimanche aux adeptes de l’Evangile nouveau : elles sont tout à fait aimables en leur riant optimisme. A l’une d’elles, on pourrait même reconnaître encore un certain fondement scientifique, s’il est vrai que la verdure assainit l’atmosphère à la ronde, et que les goûts d’hygiène et de propreté font d’ordinaire bon ménage avec l’amour des Heurs, ou le soin des animaux domestiques. Lisons la charmante idylle de la « Maison préservée par un charme. »

Les entrelacs de feuillage qui s’élèvent jusqu’à son toit protègent la maison de Leuthold, et sa ferme où circule l’air de la liberté. La vigne sauvage, et les treillis du lierre tapissent, en mailles serrées, les vieux murs. Les hangars, l’étable, le puits lui-même et sa margelle sont revêtus de branchages ombreux. Homme, femme, enfans, sont à table : deux chats noirs boivent dans l’écuelle : sur le poirier de la cour, quelques corneilles épient leurs mouvemens avec un bavardage de commères. On entend le bruit d’ailes des volailles et des pigeons dans le poulailler, accompagné du joyeux gazouillement des alouettes, des pinsons et des loriots. Car tout ce qui s’approche, par air ou par eau, est accueilli dans la ferme hospitalière, et, l’hiver, faire demeure toujours ouverte aux petits oiseaux de la forêt, aussi bien qu’aux oies et aux poulets.

Et lorsque l’épidémie vint à sévir par le village, cette maison fut gardée par une troupe d’anges. A l’appui de la fenêtre, l’œillet et l’oléandre se dressaient côte à côte sous leur armure éclatante. C’était une profusion de cohortes verdoyantes, avec casques, écus et t’pieux. Et quand la mort s’est promenée par les ruelles, la garde sacrée lui a interdit le passage, tandis que, sur l’encadrement de la fenêtre, les rouges glaives de flammes végétales lui présentaient leur tranchant.

Nous nous sentons tout disposés à accepter d’aussi encourageantes prophéties. Mais la Foi nouvelle prend un engagement