Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/351

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guerre, et interposant entre la ville et le littoral une large plage où le modeste port de Naulochon n’offrait guère aux navires qu’un médiocre abri. Tout ce passé a été pour ainsi dire effacé du sol ; la construction de, la ville que les fouilles nous ont rendue semble avoir fait table rase de la vieille cité qui fut la patrie du sage Bias.

Les travaux qui ont donné à Priène sa physionomie actuelle ont commencé sous le règne d’Alexandre. On sait que le temple d’Athéna Polias n’était pas encore terminé quand le roi de Macédoine traversa l’Ionie, vers l’année 334. Une inscription gravée sur un des blocs du mur d’enceinte, au-dessus d’une niche qui contenait l’image du héros Naulochos, appartient à peu près à la même époque. C’est donc vers ce temps que fut tracé le plan de la ville neuve. Nous ignorons quel Haussmann hellénique fut chargé de le dessiner et de l’exécuter ; mais il est sûr qu’il professait le culte de la ligne droite et des beaux alignemens bien corrects, et que, en vrai Grec d’Ionie, il suivait les traditions de l’architecte milésien Hippodamos, qui, au temps de Périclès, rebâtit le Pirée et construisit la ville de Thourioi, colonie athénienne d’Italie, sur le même plan rectiligne.

Il est impossible d’imaginer un tracé plus régulier que celui des rues de Priène. Les grandes voies, larges de 6 à 7 mètres, et absolument parallèles, se dirigent de l’ouest à l’est ; les petites rues, larges de 4 mètres, courent du nord au sud, coupant les premières à angle droit, et divisant la ville en 70 îlots de maisons qui couvrent tous la même superficie. Ces insulæ semblent avoir servi de mesure pour déterminer les dimensions des places et celles du terrain occupé par les édifices publics. Ainsi le grand portique de l’agora mesure une longueur de trois insulæ ; le temple d’Asclépios couvre l’emplacement d’un îlot. Ce plan rectiligne a été appliqué avec une rigueur inflexible, quelle que fût la déclivité du sol. Telle rue descend en pente raide, suivant son tracé en dépit de tout, se transformant en escalier pour franchir une passe difficile, et vient tomber à l’alignement comme un soldat dans le rang. On voit que le système rectiligne n’est pas une invention moderne, et que les villes américaines ont des prototypes fort anciens. Priène, en effet, n’est pas la seule ville de l’Orient grec où triomphait ainsi la ligne droite ; Smyrne, Rhodes offraient d’autres exemples de cette rymotomie géométrique fort admirée du géographe Strabon.