Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/354

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


maison des Vettii, exhumée presque intacte avec ses peintures, et la décoration de son atrium. Mais, si les fouilles grecques n’ont pas encore ménagé de pareilles surprises, il faut nous féliciter de pouvoir aujourd’hui nous faire une idée assez nette de la maison hellénistique, comprendre comment elle dérive de la maison grecque du Ve siècle, et pressentir déjà, dans ses dispositions essentielles, l’aménagement de l’habitation pompéienne. Sur ces questions, les fouilles de Priène nous donnent satisfaction, et viennent heureusement compléter ce que nous avaient appris, pour une période un peu plus récente, les découvertes faites à Délos par l’Ecole française d’Athènes [1]. Tandis que les maisons déliennes datent du second ou du premier siècle avant notre ère, celles de Priène sont antérieures de plus d’un siècle. On voit que les l’enseignemens issus de ces deux sources peuvent se combiner pour l’étude de l’habitation grecque au temps des successeurs d’Alexandre.

Groupées le plus souvent quatre par quatre, égales en superficie, les maisons formaient des îlots rectangulaires, des insulse, mesurant environ 35 mètres de façade sur 47 mètres de côté. Chaque maison occupait donc l’angle de deux rues. Il ne semble pas que les Priéniens se soient souciés d’ouvrir leur logis sur la façade principale ; c’est dans les petites rues latérales que se trouvait ordinairement l’entrée. Il en résulte que les grandes rues devaient ressembler fort peu à celles de nos villes modernes. Des murs parfois construits avec un appareil en bossage, analogue à celui qui donne aux palais de Florence leur aspect sévère, de rares ouvertures, voilà tout ce qu’apercevait le passant. Peut-être évoquerait-on une image assez exacte de ce que devait être une rue peu fréquentée de Priène, en se rappelant les quartiers riches des villes arabes, les ruelles étroites, bordées de maisons closes et silencieuses, et qui donnent comme la sensation de la vie antique entrevue, lorsque, à la nuit tombante, on distingue à peine dans l’ombre qui grandit des silhouettes de figures drapées d’amples vêtemens. Il est certain tout au moins que la maison grecque, comme l’habitation orientale, était disposée pour une vie assez fermée.

  1. Ces découvertes, qui complètent sur quelques points la belle exploration de Délos faite par M. Homolle, sont dues surtout à M. Pierre Paris et à un jeune savant dont la mort récente est une perle sensible pour l’érudition française, M. Louis Couve. Elles ont été relatées dans le Bulletin de correspondance hellénique, 1884, p. 473, 496 ; 1895, p. 460 et suivantes.