Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/451

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langue étant celle du Canada français et de ce qui lui reste de ses anciennes colonies, et étant en voie de devenir celle aussi de son nouvel empire colonial. Or, c’est un fait constant qu’une langue quelconque, parlée dans des centres aussi dispersés et aussi éloignés les uns des autres, se maintient difficilement dans sa pureté primitive. Ce que les Anglais appellent le parler de Jean-Baptiste, autrement dit le français du Canada, n’est plus identique au français de France, non seulement en ce qui concerne la prononciation, mais aussi quant à la forme des expressions elles-mêmes, lesquelles ont subi l’influence de l’anglais, ou bien sont restées simplement archaïques. De même, l’anglais parlé aux Etats-Unis n’est plus l’anglais d’Angleterre, et l’on va jusqu’à dire que certains Américains, dans un esprit national assez étroit, se réjouissent de constater que leur parler prend un caractère original qui crée une différence entre leur pays et la vieille Angleterre. Le maintien de l’intégrité de la langue présente donc, pour la métropole, un double intérêt : purement littéraire et désintéressé, en ce sens qu’il est toujours regrettable de voir s’altérer une langue illustrée par toute une série de chefs-d’œuvre ; puis politique, en ce sens que la survivance de la langue commune est propice au maintien de rapports étroits entre les pays qui la parlent. On comprend donc qu’il soit d’un intérêt général de constater comment le Congrès hispano-américain a traité la question spéciale de la langue espagnole.

Au nombre des principaux vœux qu’il a formulés, figurent les suivans : que la jeunesse universitaire hispano-américaine, lorsqu’elle vient en Europe, y visite particulièrement l’Espagne, « afin de resserrer les liens fondés sur la communauté du langage ; » que les auteurs didactiques espagnols et américains s’appliquent à écrire des œuvres originales ou à faire de bonnes traductions des œuvres étrangères qui leur, paraîtront les meilleures, pour remplacer ainsi, surtout dans l’enseignement supérieur, les textes écrits en langues étrangères ou mal traduits en espagnol ; qu’il se crée, en Amérique et en Espagne, des sociétés dont le but serait de favoriser les études philologiques ayant trait à la langue espagnole, et de publier des manuels, mis par leur bas prix à la portée de tout le monde, dans lesquels seraient relevées toutes les imperfections qui tendent à altérer cette langue ; que les autorités scolaires des Etats hispano-américains envoient en Espagne, à titre de récompense, les jeunes gens se