Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/46

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


dégénéré et dégénère en des opérations conduites d’une manière irrégulière et irresponsable par de petits corps et souvent par des corps de troupes insignifians.

« Je manquerais à mes devoirs envers le Gouvernement de Sa Majesté et envers l’année de Sa Majesté dans l’Afrique australe, si je négligeais d’user de tous les moyens dont je puis disposer pour mettre promptement fin à une façon aussi irrégulière de faire la guerre [1]… »

Ne nous inquiétons pas pour l’instant de rechercher si vraiment lord Roberts et son successeur, lord Kitchener, ont pu « manquer à leurs devoirs, » — ce qui d’ailleurs est inadmissible ; — ou si les 250 000 Anglais dont ils pouvaient disposer ne suffisaient pas pour en finir avec « ces petits corps, ces corps de troupes insignifians ; » ou si, enfin, les autorités anglaises se seraient pour la centième fois trompées sur les moyens, les forces et le caractère d’ennemis à ce point méprisés par elles. Notons seulement que, le 24 juillet 1901, M. Mac-Callum, gouverneur du Natal, télégraphiait à M. Chamberlain que « la continuation des hostilités, affectant les intérêts vitaux du Natal, causait une grande inquiétude. Les raids faits dans la colonie rendaient souvent impossible aux habitait » demeurés loyaux de retourner à leurs travaux ou à leurs fermes. Partout un sentiment de malaise ; les revenus en souffrance, le commerce paralysé, les chemins de fer monopolisés par les troupes, les villes encombrées de fugitifs et de personnes qui ne pouvaient pas encore rentrer au Transvaal, le bétail infecté de maladies par l’introduction d’animaux capturés dans les nouvelles colonies. Partout des prix de famine : la colonie encore soumise à la censure et à la loi martiale [2]. »

Quel désolant tableau ! Mais ce préambule, — car ce n’est qu’un préambule, — n’est-il pas déjà assez surprenant, et ne prêle-t-il pas à la réflexion ? Eh quoi ! selon M. Chamberlain et selon lord Roberts, la guerre était déjà terminée depuis longtemps, depuis le mois de septembre de l’année précédente ; et voilà que de cette dépêche du gouverneur du Natal il ressort avec évidence que ces « petits corps, ces corps de troupes insignifians, » avec

  1. Proclamations issued by lord Roberts, p. 17 et 18.
  2. Correspondence relating to the prolongation of hostilities in South-Africa : presented to both Houses of Parliament by command of His Majesty, août 1901, p. 4.