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Revue musicale


THEATRE DE L’OPERA : Les Barbares, drame lyrique en trois actes et un prologue ; paroles de MM. Victorien Sardou et Gheusi, musique de M. Camille Saint-Saëns.


Il y a de la Vestale et de Norma dans cette histoire antique, ou dans cette vieille histoire. Elle rappelle aussi par quelque endroit le drame du siège et de la délivrance de Béthulie. Le jeune chef barbare, le vainqueur d’Orange, Marcomir, est un Holopherne plus galant, et, pour le salut de la ville, Floria, prêtresse de Vesta, se dévoue de la même manière que Judith, mais avec moins de façons et surtout avec d’autres desseins. Aimée la première, elle aime à son tour. Ensuite, au lieu d’égorger Holopherne, elle l’épouse, ou plutôt elle l’épouserait ; mais il tombe sous les coups d’une autre Romaine, Livie, dont il a tué le mari, le consul Euryale, en combattant. Ce meurtre a beau punir la faiblesse de la vestale et signifier, paraît-il, la revanche de la chaste déesse outragée par la déesse d’amour, je n’aperçois très bien ni la nécessité, ni même l’intérêt de ce dénouement, à la fin d’une œuvre où d’ailleurs il n’y avait pas de nœud à défaire.

Trop lâche et manquant d’originalité, d’action et de péripéties, le drame ne comporte pas non plus de caractères. Il met en scène quatre personnages seulement, et cela est fort bien ; mais, sur les quatre, et ceci est fâcheux, les deux principaux sont à peine indiqués et les deux autres parfaitement inutiles : Livie d’abord, veuve et vengeresse du consul Euryale, et puis et surtout Scaurus, le second consul, dont il n’y a vraiment rien à dire, lui-même ne disant à peu près rien. En somme, on trouve ici le nom d’un dramaturge émérite, mais nulle part on ne reconnaît sa main.

Partout, au contraire, celle d’un grand musicien a passé. L’œuvre n’est pas l’une des plus considérables du maître. Il n’y a pas attaché