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Revue littéraire — Un attardé du romantisme : Jules Barbey d’Aurevilly


Jules Barbey d’Aurevilly touchait à l’extrême vieillesse lorsqu’il vit briller pour lui les premiers feux de la gloire : il était définitivement classé parmi les curiosités de Paris. De tout temps, on s’était retourné dans les rues sur son passage : son accoutrement faisait la joie des badauds. Mais peu à peu on arrivait à mettre un nom sur ce portrait descendu de son cadre. Le nom sonnait bien, la figure ravinée semblait porter dans ses sillons la trace d’orages anciens, l’allure était cavalière, la voix était martiale, le chapeau à rebords de velours cramoisi était d’un mousquetaire, la cravate de dentelles était d’un gentilhomme, la redingote à jupe boullante et le pantalon collant à galon d’or étaient d’un dandy. Le tout formait un composé qui réjouissait par l’incohérence. Paris a pour ceux qui l’amusent des trésors de sympathie. Une légende se créait, favorisée par l’obscurité dont s’enveloppaient les origines et une bonne partie de la carrière de ce singulier personnage. » On savait, en gros, que ce gentilhomme était un homme de lettres. Mais comme d’ailleurs ses romans n’avaient eu que peu de lecteurs, et comme on n’avait jamais fait grande attention aux éclats de sa critique, le champ était libre pour les chasseurs de renommée. L’obstination est une vertu : celle de Barbey d’Aurevilly allait avoir sa récompense. Des jeunes gens, en quête d’un ancêtre, avaient l’œil sur lui. Il allait passer grand homme et chef d’école. On était en train de le découvrir. Il mourut sur ces entrefaites, car il était âgé de plus de quatre-vingts ans.