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Revues étrangères – Un nouveau romancier allemand : M. Gustave Frenssen


Jœrn Uhl, par G. Frenssen, 1 vol., Berlin, 1902.


Jœrn Uhl est un jeune garçon actif et rêveur, courageux et humble, qui, à travers mille obstacles, se fraie péniblement un chemin dans la vie. Il a été élevé par une servante, Wieten Klook, à qui sa mère l’a confié en mourant ; la pauvre fille a même refusé de se marier, afin de se dévouer plus entièrement à lui : mais elle n’a guère pu lui apprendre qu’une variété inépuisable de traditions populaires et de contes de fées. A l’école, où il est allé ensuite, Jœrn Uhl s’est aussitôt montré l’élève le plus intelligent et le plus studieux. Il était riche, alors, ou du moins il se croyait riche, et rêvait un brillant avenir de professeur ou de magistrat. Soudain, il découvre que, de la fortune de sa famille, rien ne lui reste plus que des dettes. Il renonce à ses rêves, il abandonne ses études, et le voilà devenu ouvrier. Comment pourrait-il songer encore à la douce petite fille de son maître d’école, Lisbeth Junker, qu’il a jadis aimée d’une affection respectueuse et tendre, mais qui maintenant, avec son fin sourire et ses airs de dame, lui semble faire partie d’un monde infiniment au-dessus du sien ? Le travail, le dur travail de ses mains, sera désormais toute sa consolation. Et quand, à force de travail, il a enfin commencé à reconquérir un peu d’aisance et de liberté, il se marie. Il épouse une sorte de « femme-enfant, » Lena Tarn, incapable de comprendre aucune des profondes pensées qui s’agitent obscurément en lui, mais ne cessant point de chanter, de