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La métaphysique positiviste


I

Métaphysique et Positivisme, ou Positivisme et Métaphysique, il semble en vérité que, de quelque manière que l’on essaie d’associer ces deux mots, ce ne puisse toujours être qu’un jeu d’esprit. Qu’est-ce en effet que le Positivisme, sinon la négation, et la négation raisonnée, systématique et doctrinale, de toute Métaphysique ? Mais quelles sont les questions qui font l’objet de la Métaphysique, si ce ne sont celles mêmes que le Positivisme ne saurait aborder sans manquer aux promesses de son nom ? On ne peut seulement pas dire que la métaphysique commence au point précis où se terminerait le positivisme ; et, professer le positivisme, c’est proprement affirmer, je ne dis pas l’inutilité, mais l’inexistence de la métaphysique. Dans l’histoire de la philosophie, quand une doctrine se fonde sur les ruines d’une autre, il est arrivé plus d’une fois qu’elle en fit servir les débris à la construction de son propre édifice ! Mais le positivisme, lui, ne s’est constitué qu’en commençant par faire, comme on dit, « table rase » de toute métaphysique ; son dessein principal et premier a été précisément de dissiper l’illusion métaphysique, d’en dissoudre, pour ainsi parler, et d’en faire évanouir l’inconsistance dans le passé brumeux d’une humanité lointaine et quasi primitive ; et quelle est enfin sa conclusion, sinon qu’il ne saurait y avoir de science, ou de certitude, que de ce qui compte, se mesure, et se pèse ? Tel n’est pas, évidemment, le cas des questions métaphysiques, ou du moins on ne connaît