Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 17.djvu/722

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Sa lettre à celui-ci avait été écrite depuis quelques jours lorsque la crise a été rendue publique. M. Chamberlain, dans cette lettre, reconnaissait loyalement que, si le public se rendait compte des dangers d’une concurrence illimitée, de la part des pays étrangers qui ferment leurs marchés à l’Angleterre et envahissent le sien, « il n’a pas encore apprécié l’importance des marchés coloniaux, ni le danger de les perdre si on ne défère pas dans une certaine mesure à leur naturel et patriotique désir d’un système d’échanges privilégiés. Il en résulte, avoue M. Chamberlain, que pour le moment tout accord préférentiel avec les colonies, impliquant des droits quelconques sur des articles d’alimentation jusqu’ici exempts d’impôts, est inacceptable pour la majorité des électeurs. Je sens, par conséquent, conclut-il, que la politique pratique et immédiate des tarifs de préférence à accorder aux colonies ne peut pas être soutenue avec espoir de succès à l’heure actuelle, bien qu’il existe un très fort courant d’opinion en faveur d’autres parties de la réforme fiscale, c’est-à-dire en faveur de l’obtention d’une plus grande liberté des échanges avec l’étranger, et des représailles en cas d’échec. Si, comme je le crois, vous êtes de cet avis, vous êtes parfaitement justifiable d’adopter ces vues comme base de la politique de votre gouvernement ; mais cela implique nécessairement quelques changemens dans la constitution du cabinet. » Cette lettre est honorable pour M. Chamberlain. Il croit devoir, comme ministre des colonies, se sacrifier pour elles, et reprendre toute sa liberté afin de mieux plaider leur cause devant le public. Ne se fait-il pas illusion sur le véritable intérêt de ces colonies qu’il prétend défendre ? En tout cas, il faut bien constater qu’elles le comprennent autrement que lui, car deux au moins des plus importantes, le Canada et l’Australie, se sont prononcées contre le système qu’il préconise en leur faveur, et n’éprouvent nullement le « naturel et patriotique désir d’échanges privilégiés » qu’il leur attribue. Il devra donc convertir à ce système non seulement l’Angleterre, mais les colonies elles-mêmes, et ce sera une grande tâche. Quoi qu’il en soit, il a repris son indépendance, et, tout en conservant, dit-il, sa fidélité absolue au gouvernement et à sa politique générale, il estime qu’il pourra être plus utile comme simple citoyen que comme ministre. C’est ce qu’on verra : il serait téméraire de préjuger l’événement. Contentons-nous de dire que, dans sa réponse à M. Chamberlain, M. Balfour, tout en s’efforçant de diminuer l’importance du dissentiment qui les sépare, reconnaît à son tour que, si le système des droits préférentiels accordés aux colonies « entraînait, comme cela est presque certain, l’augmentation, même légère, des