Page:Revue des Deux Mondes - 1904 - tome 19.djvu/665

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que le mort n'est pas mort. Elle ne se laisse pas décevoir ! Elle persiste dans sa déraison. C'est le seul rei'uge qui reste à une douleur comme la sienne.

Le Songe d’un crépuscule d'automne ne semble pas moins propre à fournir, sinon la matière d'un drame en prose, du moins l'action passionnée de quelque belle pièce en vers, — ou d'un dramatique livret d'opéra.

La dogaresse Gradeniga a empoisonné son vieux mari par amour pour un jeune homme. Longtemps elle a cru que sa maturité superbe fixerait ce jeune amant qui a connu, par elle, tout ce que peut donner la femme en qui s'unissent l'expérience de la passion et l'ardeur du sentiment. Mais l'adolescent qu'elle adore a tourné ses yeux d'un autre côté. Avec tous les hommes de Venise, il est fou de la jeune courtisane Pantea, en qui le désir semble s'être" incarné sous forme de beauté, et il rêve d'être vu sous les pieds de cette victorieuse, le jour où elle passera au milieu des ovations, dans un décor d'apothéose. Alors Gradeniga veut que Pantea meure. Elle envoie ses suivantes épier la courtisane. Elle s’est fait apporter de ses cheveux. Elle a appelé à elle les plus savantes nécromanciennes. Au moment le plus glorieux du triomphe de la belle fille, le feu, déchaîné par les magies de sa rivale, prend sur le vaisseau où elle se promène. Mais la vengeance de Gradeniga dépasse son espoir ; car ce n'est pas seulement la courtisane, qui disparaît dans l'incendie, le jeune amant y trouve sa fin avec elle, et Gradeniga, impuissante à arrêter le mal qu'elle a voulu, assiste à cette mort comme une criminelle épouvantée de son œuvre.

De même, quand on vient à résumer, dans la sécheresse d'un compte rendu, les cinq actes de la Ville morte, le lecteur a la sensation qu'on analyse une tragédie pleine de vie dramatique et de mouvement. Deux jeunes hommes, Alexandre et Léonard, sont venus fouiller, en archéologues passionnés, les ruines de Mycènes. Alexandre a une femme exquise, qui est devenue aveugle dès le seuil de sa jeunesse : Léonard a une sœur, Blanche-Marie, une jeune fille qui porte en elle tous les charmes et toutes les puretés de son âge. Or, emporté par un amour irrésistible, Alexandre déclare ses sentimens à Blanche-Marie. La jeune fille est prise de vertige. L'aveugle devine tout ce qu'on finira par lui avouer; elle sent qu'elle est maintenant une pauvre créature hors de la vie ; elle serait prête à s'efïacer pour faire le