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La grande mademoiselle


III. LA JEUNE COUR. — LES FÊTES GALANTES [1]


I

Aux approches de trente-cinq ans, la Grande Mademoiselle s’aperçut à divers signes qu’elle n’était plus jeune. Elle connut la limite de ses forces, chose qui ne lui était jamais arrivée, le 7 février 1662. Louis XIV dansait pour la première fois un grand ballet intitulé les Amours d’Hercule, et sa cousine de Montpensier y tenait un rôle : elle en fut malade de fatigue. Une lassitude d’un autre genre lui venait ; elle s’ennuyait dans les fêtes. Elle avait vu tant de galas, depuis qu’elle était au monde, tant de festins et de feux d’artifice, de guirlandes de fleurs et de chars allégoriques, qu’à présent elle en avait vite assez, et le Roi aimait justement les plaisirs copieux ; ceux qu’il offrait à sa Cour se prolongeaient parfois des jours et des nuits de suite, sans vous laisser le temps de respirer, et il n’était pas permis de ne pas s’amuser tout le temps. Mademoiselle n’en était plus capable. Elle commençait à avoir envie de rester au logis. Ses migraines y contribuaient ; l’âge les multipliait, et toutes les femmes savent qu’il est plus agréable d’avoir la migraine sans témoins.

Elle était rentrée de haute lutte dans le palais du Luxembourg et s’y était logée auprès de sa belle-mère. La vieille Madame se serait bien passée d’un voisinage qui ne lui présageait rien de

  1. Voyez la Revue des 1er septembre 1902 et du 1er décembre 1903.