Page:Revue des Deux Mondes - 1904 - tome 20.djvu/96

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


à une pression croissante, on s’est décidé à improviser à la Sorbonne un enseignement propre à l’histoire de l’art dans les temps modernes et à décerner des grades pour des thèses qui ne pouvaient avoir de juges, car, sautant d’un bond à l’extrémité du terrain qu’ils venaient de conquérir, les aspirans au titre de docteur prenaient un malin plaisir à s’occuper des périodes d’art les plus récentes et des maîtres contemporains, qui, à raison des débats passionnés qu’ont soulevés leurs productions, ne sauraient encore être jugés bien équitablement.

En somme, après avoir donné le branle aux études relatives à l’histoire de la peinture, nous nous sommes laissé devancer sur ce terrain. La publication de l’Histoire des peintres de Charles Blanc ; depuis, celle des Artistes célèbres, qui a paru à l’imprimerie de l’Art et la série des volumes consacrés aux différens arts, édités par la maison Quantin, avaient été successivement accueillies par le public avec une faveur bien naturelle, étant donnés la culture déjà ancienne de notre race et le goût qu’elle a toujours montré pour, tout ce qui a trait aux arts. Mais les inégalités trop accusées entre les diverses monographies qui composent ces collections, l’inachèvement de plusieurs d’entre elles [1], ont interrompu ou même supprimé ces heureuses tentatives de vulgarisation artistique. L’idée était bonne cependant et méritait d’être poursuivie, car, reprise à l’étranger, d’abord en Allemagne (collection Knackfuss), puis en Angleterre (collection G. Bell), les monographies qu’elle a inspirées obtiennent aujourd’hui dans ces deux pays, et même en France, le succès le plus légitime. A l’heure présente, tandis qu’en Belgique l’école d’Anvers a trouvé en MM. van den Branden et Max Rooses deux historiens qui, avec des mérites divers, ont dignement traité un si beau sujet, nous n’avons pas encore chez nous une histoire de la peinture française. Il suffirait cependant de coordonner et de mettre en œuvre les informations déjà recueillies sur la plupart de nos maîtres les plus en vue : Claude Lorrain, sur lequel nous possédons un excellent travail de Mme Pattison (lady Dilke) ; Poussin, auquel M. le marquis de Chennevières a consacré une série d’articles réunis depuis en un volume ; Chardin et Watteau, qui, en ces derniers temps, ont été l’objet de consciencieuses études, etc. Mais il semble que, par la suite et les dépenses

  1. Notamment celui de la très remarquable Histoire de la peinture italienne par M. Lafenestre, dont le premier volume seul a paru, il y a déjà longtemps.