Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 25.djvu/151

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Gagner ce jeune cœur, par tous les moyens, tel était donc le conseil par lequel l’auteur de ce rapport couronnait les curieuses confidences et les piquantes réflexions auxquelles il venait de se livrer. Pour finir, il y ajoutait cette dernière information qui achève d’éclairer la situation délicate en laquelle Madame Royale se trouvait à la Cour d’Autriche :

« Le bruit de Vienne a été et est même encore que l’Impératrice n’aime pas Madame Thérèse ou plutôt qu’elle en est jalouse. Les uns croient qu’elle a craint l’effet de ses charmes sur l’Empereur, les autres, en plus grand nombre, pensent qu’elle a redouté le crédit ou l’influence qu’elle pourrait prendre. J’ose être d’un avisa part et croire que l’Impératrice, si elle éprouve réellement le sentiment qu’on lui prête, est jalouse de l’amour du peuple, qui lui est généralement refusé et qui est universellement acquis à Madame Thérèse… Quoi qu’il en soit et à quelque cause que soit dû le petit éloignement que l’on a cru remarquer, il n’a point influé sur les égards et les procédés de décence et s’il faut même dire tout ce que j’en pense, je trouve qu’il ne peut que servir à merveille les vues du Roi et les intérêts de Mgr le Duc d’Angoulême. »

Le rapport que nous venons d’analyser porte la date du 24 décembre 1797. Lorsque, au commencement de l’année suivante, le Roi en prit connaissance, les révélations et les conseils qu’il lisait avaient perdu beaucoup de leur utilité ; il s’était convaincu de l’exagération de ses craintes relativement à sa nièce. Cette conviction, il l’avait puisée dans le spectacle de l’élan généreux avec lequel elle s’associait dès ce moment à deux nouvelles épreuves qu’il venait de subir : à Paris, dans la journée du 18 fructidor (5 septembre), l’autre à Blanckenberg même où le duc de Brunswick avait dû lui faire signifier un ordre du roi de Prusse, qui le mettait en demeure de quitter cet asile.


III

Ce n’est pas ici le lieu de raconter les circonstances qui, à Blanckenberg, précédèrent et suivirent le coup de force exécuté à Paris, le 18 fructidor, par la majorité du Directoire. Il surprenait l’Europe dans l’attente de la paix générale en vue de laquelle des négociations se poursuivaient entre le gouvernement de la République et les puissances encore en guerre avec elle ; il