Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 25.djvu/78

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à maintes questions brûlantes, ne tarda pas à soulever de vives critiques. A Rome, on fut assiégé de demandes de blâme. Le Pape était sollicité de la façon la plus pressante. Il hésitait à entrer dans cette voie. Ce fut dans ces circonstances que parut, au cours de l’année suivante, l’Encyclique Quanta Cura, qui abordait, pour les réfuter, les erreurs émises de nos jours sur l’ordre naturel et surnaturel, sur les droits de Dieu et les devoirs de l’homme, les rapports de l’Église et de l’État, la question de l’autorité et celle de la société civile. En même temps que l’Encyclique, le Vatican envoyait aux évêques un document destiné à eux seuls, qui était depuis longtemps en préparation, et que l’on connaît sous le nom de Syllabus. Ce document tomba promptement dans le domaine public, et les esprits que préoccupait encore le discours de Malines, y virent aussitôt une réponse à ce discours, la condamnation des idées qu’il exposait, la glorification des thèses les plus rétrogrades. Il est à remarquer que la plupart des grandes manifestations publiques, que les documens les plus importans sont d’ordinaire exposés à prendre deux significations différentes : celle que leurs auteurs ont voulu leur donner, et celle que l’opinion leur attribue sous l’empire des impressions du moment, à travers ses passions, ses colères, à travers les luttes de partis et les querelles de personnes. Et combien souvent cette dernière signification est celle qui prévaut pour la masse des esprits ! Quelque formule retentissante la caractérise, les polémiques s’en emparent, et l’usage la consacre. Ainsi en est-il advenu, ce semble, du Syllabus.

Au fond, qu’était ce document, sorti de la longue élaboration d’une Congrégation romaine, et rédigé dans le langage des théologiens ? Un simple index, une table des matières d’erreurs, de propositions condamnées, en d’autres occasions, par des documens pontificaux de nature diverse et auxquels on doit se reporter pour apprécier le sens exact des condamnations. Lorsqu’on prend la peine de recourir à ces rapprochemens, il faut bien constater que le Syllabus diffère absolument de ce que lui prêtent les interprétations hostiles. Et telle est la démonstration faite par Mgr Dupanloup dans un commentaire auquel adhérèrent 630 évêques, c’est-à-dire l’épiscopat presque tout entier, et qui fut l’objet d’un bref des plus élogieux du Saint-Père. Pie IX n’hésitait pas à dire, au cours de ses audiences, que Mgr Dupanloup avait rendu un grand service à l’Eglise, en expliquant et en