Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 25.djvu/90

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appréciation. Nous demandons qui a jamais déployé plus de qualités pratiques que l’organisateur des forces catholiques sous la monarchie de Juillet ; par qui l’on a vu mener avec plus d’énergie, d’esprit de suite, d’habile tactique une campagne couronnée d’un succès aussi éclatant, puisqu’elle a abouti à la conquête de la liberté d’enseignement ; qui a mieux su calculer ce que ses moyens d’action lui permettaient d’obtenir, ce que les forces de ses adversaires lui interdisaient d’espérer ; qui a su plus sagement faire consacrer, en temps utile, les avantages acquis et les rendre définitifs, au lieu de s’engager dans la poursuite d’espérances décevantes. J’ajouterai que, pour porter sur Montalembert un jugement équitable, ce n’est pas seulement sur le terrain des grandes luttes religieuses et politiques qu’il faut le voir à l’œuvre, mais partout où il a porté son initiative hardie et judicieuse, son zèle inlassable, son action féconde. Quels services n’a-t-il pas rendus, par exemple, à l’art français ? Quels efforts n’a-t-il pas tentés avec succès pour sauver du vandalisme nos plus illustres monumens ? Ne lui doit-on pas une sorte de réveil dans le sentiment de l’art chrétien, et comme une nouvelle renaissance ?

Mais quand on pose la question de savoir quelle influence Montalembert a exercée sur ses contemporains, et ce qui er subsiste aujourd’hui, un fait indéniable se présente aussitôt à l’esprit, et il est capital : l’enthousiasme qu’il a inspiré à la jeunesse. Voilà par où il a agi sur les esprits, et non seulement pendant sa vie, mais encore à l’heure présente. Je pense qu’il m’est permis d’apporter ici un témoignage personnel. J’ai connu le comte de Montalembert dans ses rapports avec les jeunes gens. J’ai pu juger de sa bienveillance incomparable envers les plus humbles comme envers les plus distingués, je l’ai vu, les éclairant de ses conseils, les réconfortant, les suivant avec intérêt dans leur carrière, de loin comme de près. C’est même grâce à lui, représenté quelquefois comme altier et hautain, que j’ai compris toute la portée de ce mot bienveillance, qui signifie la volonté du bien des autres ! C’était, en réalité, plus que de la bienveillance. Il disait qu’il avait l’amour de la jeunesse, et il en a donné mille preuves. Jusqu’aux derniers jours de sa vie, il a conservé dans ses relations avec elle la flamme, la séduction, la fraîcheur de sentimens et d’idées que respirait son adolescence. Mais si j’ai la mémoire de ce que fut