Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/109

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pas accordée !… — S’ils ne l’ont pas obtenue, comme vous nous l’imposiez, du moins ce Congrès de Berlin est devenu, grâce à vous, la forteresse d’où ils nous narguent et nous harcèlent. Quel mal vous avaient fait les Roumains ? Ils vous aimaient. Saviez-vous vous-mêmes ce que vous demandiez en les obligeant d’un coup à naturaliser leurs trois cent mille Juifs ? Ignoriez-vous que ces Juifs parlent allemand, qu’ils forment l’avant-garde de l’influence allemande et qu’ils propagent les contrefaçons allemandes comme les rats la peste ? Vous demandiez que les Roumains ouvrissent leur cité à trois cent mille artisans et commerçans dont l’activité achèverait d’y tuer l’industrie française ! Et qui nous a tirés de l’impasse où vous nous aviez enfoncés ? Qui ? Bismarck ! Il était bien sûr d’ailleurs que ces Juifs, d’attaches germaniques, réussiraient à vous évincer des marches roumains, et il pouvait, sans danger, acquérir des droits à notre reconnaissance. — Monsieur, lui dis-je, je ne connais pas les diplomaties du Congrès de Berlin. Il me souvient cependant que l’intervention de la France vous a valu un agrandissement de territoire. Et vous auriez tort de lui en vouloir si là, comme partout, elle a réglé sa conduite sur la beauté des principes plutôt que sur ses intérêts matériels. Je ne pense pas que ce soit Disraeli qui ait rédigé la Déclaration des Droits de l’Homme. — Alors, c’est le Diable ! s’écria-t-il en riant. Mais ne vous imaginez pas que je boude contre la France. Je regrette seulement que son panache d’idéal lui tombe quelquefois sur les yeux, et qu’on la paie si mal de ses générosités … Garçon, un journal étranger ! » Le garçon revint avec le Berliner Tagblatt. — À Bucarest, on nous aurait apporté le Gaulois ou le Figaro. Mais ici !… Savourez la beauté des principes.

Il se peut que les beefsteaks soient médiocres à Iassi, puisque mon voisin me l’assure ; mais la ville me paraît charmante. Je la trouve tout à fait aimable, cette capitale des Princes moldaves, rouge et verdoyante dans sa ceinture de souples collines. Sa proximité de la frontière russe l’a empêchée de devenir la capitale de la Roumanie, et l’union des deux Principautés en a fait une ville un peu sacrifiée, un peu mourante. L’industrie s’en retire : si j’ai bonne mémoire, elle ne possède qu’une fabrique de cordages tenue par un étranger. Les grands négoces n’y entrent pas ; les petits commerces y fourmillent. Sur 78 000 habitans, elle ne compte que 38 000 Roumains. Les autres