Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/168

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famille contre famille, on n’avait vu paix aussi profonde : un historien postérieur, Sanang Setzène, qui était lui-même de la descendance du Tchinghiz, écrit : « Pendant dix-neuf ans, le souverain mit ordre et loi parmi son grand peuple, établit l’empire et son gouvernement sur solides piliers, procura travail paisible à pieds et à mains, éleva le bonheur et la prospérité de tous et d’un chacun de ce grand peuple à tel point que rien ne peut se comparer au bonheur du Khan et de ses sujets. » Tel est le bienfait de l’autorité créatrice d’ordre. Certes, les armées mongoles ont laissé de terribles souvenirs ; elles ont fait une guerre rude, impitoyable, ravageant le plat pays, brûlant les villes, passant au fil de l’épée des garnisons entières, massacrant les prisonniers gênans, procédant à d’atroces exécutions militaires ; mais la guerre est la guerre, et elle n’est point tendre, sous nos yeux, en Mandchourie ! Les croisés, quand ils entrèrent et Jérusalem, massacrèrent pendant sept jours et sept nuits : c’étaient les mœurs du temps ; elles n’empêchent pas les grands rois législateurs d’avoir été les bienfaiteurs de leurs peuples.

Les instrumens de la grandeur de son règne, le Tchinghiz Khan les a créés lui-même. Il fixa d’abord, dans un monument écrit, les règles de la vie des Turcs et des Mongols et leur droit coutumier ; cette base législative de son règne et de l’unité de son peuple, c’est le Yassak et le Toura, « le Yassak de mauvais augure et le Toura blâmable, » disent les historiens musulmans qui ne pardonnent pas & l’Empereur Inflexible d’avoir substitué ses lois civiles au Chériat, à la loi religieuse du Coran. De la domination mongole, ce qui est resté odieux dans le souvenir des peuples, surtout des peuples mahométans, c’est l’administration, c’est le Daroga (préfet), c’est la conscription des hommes, le recensement des chevaux, les charges du service de la poste, toute celle administration compliquée, toute cette bureaucratie méticuleuse qu’organisa l’Inflexible ; l’esprit exact et paperassier des Turcs s’y complaisait, mais elle était alors, pour les autres nations, un prodigieux anachronisme et elle apparaissait, à ces gens du Moyen âge, comme la pire des tyrannies.

Gouverner des peuples aussi divers par la race, le langage, la religion, les coutumes était une tâche très délicate. Le Tchinghiz trouva, parmi ses sujets, de précieux auxiliaires. Comme Louis XIV, il eut à son service des dynasties de ministres, Yelou-Tchoutsaï, un Turc Liao « chinoise, » Tatakoun, un Oïgour