Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/569

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de 171 millions et demi de taëls, soit environ 650 millions de francs et ses exportations de 143 millions de taëls ou 550 millions à peu près [1]. Les trois cinquièmes des exportations étaient formés d’articles que la Chine fournit à l’Europe de temps immémorial : de la soie pour 50 millions et demi de taëls et du thé pour 32 millions ; le coton brut, qu’on n’avait guère commencé d’exporter que depuis l’éveil tout récent du Japon à la grande industrie, figurait pour 11 millions de taëls ; puis, pour 2 à 3 millions de taëls, chacun des articles assez divers : pois, tresses de paille, peaux, laines, sucre, tabac et autres produits. Les produits minéraux brillaient par leur absence, et le thé de Chine, qui subissait la concurrence des thés de l’Inde et de Ceylan, mieux et plus régulièrement préparés, suivant des méthodes scientifiques, voyait le chiffre de ses exportations baisser d’année en année. Quant aux achats effectués par la Chine au dehors, ils portaient sur trois articles principaux : les cotonnades pour 53 millions de taëls, l’opium pour 29 millions, le riz pour 15 millions ; venaient ensuite les métaux, le pétrole et le sucre pour quelque 7 millions de taëls chacun.

Ce commerce ne remontait, il est vrai, qu’à trente-cinq ans en arrière, car, avant les traités de Tien-tsin, les échanges entre l’Europe et l’Empire du Milieu étaient tout à fait insignifians ; mais il restait bien faible, comparé à celui d’autres pays asiatiques où le progrès européen avait pu, dans une certaine mesure, s’implanter. L’Inde, moins peuplée que la Chine et bien moins riche en minéraux, n’exportait-elle pas pour 1 800 millions et n’importait-elle pas pour 1 400 millions de francs ? Et le Japon, qui a huit à dix fois moins d’habit ans et un sol, comme un sous-sol, moins riches que le Céleste Empire, ne vendait-il pas à l’étranger plus de 250 millions de ses produits, tandis qu’il faisait venir du dehors pour 300 millions de marchandises ? S’il avait été proportionnel à celui de son voisin, le commerce de la Chine aurait dû se trouver, il y a dix ans, quintuple de ce qu’il était en effet. Mais il aurait fallu pour cela qu’elle se mît comme le Japon à l’école des Occidentaux, ou qu’elle les laissât faire chez elle, comme il arrive dans l’Inde, ce qu’elle ne voulait entreprendre elle-même.

La guerre sino-japonaise marqua un changement capital

  1. Le taël haï-kwan, dont se sert l’administration des douanes, n’est pas une pièce, mais un poids d’argent de 37 grammes et 783 milligrammes.