Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 31.djvu/434

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Tu répètes tout bas le sonnet immortel
               Que ta pointe éternise,
Et, deux fois, la quadruple rime, à ton appel,
               Sonne en ta barbe grise,

Alors (ju’auprès de toi, modeste et coutumier
               De la même victoire.
Préparant à ton front le bandeau de laurier
               Se tient debout la Gloire.

Muse ! Si je ne suis pareil au Vendômois
               Dont le luth fit entendre
La louange sans fin et qui dure en sa voix
               D’Hélène et de Cassandre,

Je n’en ressens pas moins le glorieux désir
               Qu’un peu de moi demeure
Et l’espoir de ne pas tout entier me mourir
               Avec ma dernière heure.

Lorsque le vent d’oubli disperse au ciel d’hiver
               La forêt qui frissonne.
Fais que je sois semblable à ce feuillage vert
               Qui ne craint pas l’automne,

Et si, sur mon front nu, le laurier souverain
               À tes doigts ne se plie,
Muse, accorde-moi cette branche de pin :
               C’est l’arbre de Marie!


PÉGASE AU SATYRE



« Rustique compagnon que jadis j’eusse fui,
Je viens à toi, puisque les hommes, aujourd’hui,
Vivent indifférens en leurs villes de marbre,
Au vent qui passe d’herbe en herbe et d’arbre en arbre,
Car ils ne savent plus chanter comme autrefois
Le spectacle divin de la plaine et des bois,
La montagne, la mer, les fontaines, les roses,
Et leurs yeux sont fermés à la beauté des choses !