Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 31.djvu/437

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Lune, du sable pur de quelque beau rivage
Ou par la vitre étroite au mur de la maison,
Quand mon regard verra ton lumineux visage
Pour la dernière fois monter à l’horizon,

Je ne regretterai de tes heures limpides
Que celles dont l’instant fugitif fut compté,
Au battement plus prompt de mon cœur plus rapide,
Par le jeune Désir ou par la Volupté.


SOIRÉE


C’est la nuit. Tout est bien; tout est doux; tout est beau ;
La fenêtre est ouverte et l’air est embaumé ;
Un vent vague et furtif soulève le rideau
Et le silence est plein d’un souvenir aimé.

Taisons-nous. L’heure est bonne et voici sur le mur
Les livres familiers, les portraits, les estampes.
Ce vase, sur la table, est frais comme un fruit mûr
Et son bouquet s’empourpre à la lueur des lampes.

Ses roses en riant regardent le miroir
Qui les reflète au fond de son cristal nocturne
Où comme elles souvent tu aimes à te voir
Comme elles, souriante et pourtant taciturne;

Mais l’heure est si tranquille et si tendre, et le vent
Si léger au rideau qu’il soulève et tourmente
Que tu restes, ce soir, allongée au divan
Et que je te contemple ainsi, sage indolente,

Et ton visage seul suffirait à mes yeux.
Qu’enchantent ton repos, ta grâce et ta beauté,
Si je ne voyais pas, vif et mystérieux,
Ton pied charmant et qui est nu dans la clarté..