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son éducation, par les influences pervertissantes de l’exil et par l’excès de ses malheurs ; son indomptable confiance dans le triomphe de ses droits, et, quand il eut recouvré la couronne, l’incessant souci de ne permettre à personne pas même à son frère, d’oublier qu’il était le Roi.


I

Nés à peu d’années de distance l’un de l’autre et ayant perdu leurs parens étant encore enfans [1], le Comte de Provence et le Comte d’Artois avaient été élevés ensemble. Indépendamment du gouverneur et des maîtres qui leur furent donnés, leur première éducatrice, leur éducatrice morale fut la comtesse de Marsan appartenant à la famille de Soubise, nommée en 1754 gouvernante des enfans de France en remplacement de la duchesse de Tallard. Ils n’oublièrent jamais ce qu’ils lui devaient. Jusqu’à sa mort survenue en 1802, elle fut de leur part l’objet d’un véritable culte ; ils l’appelaient leur seconde mère. Le prince qui devint Louis XVIII, dans les nombreuses lettres qu’il lui a écrites, la qualifie toujours : « ma petite chère petite amie, » et il n’en est pas une où n’éclate, par quelque trait, la reconnaissance qu’il lui avait gardée. Une seule d’entre elles donnera le ton de toutes les autres.

En mars 1801, le malheureux roi brutalement chassé de Russie reçoit, en arrivant à Varsovie, les condoléances de son ancienne gouvernante. Elle a appris à Trieste, où elle vit auprès de Mesdames Adélaïde et Victoire, filles de Louis XV, la catastrophe survenue au prince qu’elle considère comme son enfant. Elle lui écrit pour lui dire combien elle y prend part.

« Je n’ai reçu qu’hier votre lettre du 16 février, répond-il. J’avais prévu l’effet que mes derniers malheurs produiraient sur vous et cette pensée a bien ajouté à mes peines. Mais je vous conjure de ne pas trop vous en affecter. Souvenez-vous, je vous prie, tout amer que vous sera ce souvenir, que c’est le 21 janvier qu’il m’a fallu faire les préparatifs de mon départ et vous ne me trouverez pas à plaindre. J’aurais bien mal profité de vos leçons si je ne savais pas mettre ma confiance dans la Providence. Elle ne m’abandonne pas : ma nièce est pour moi le gage de sa bonté. »

  1. Pour la vie du Dauphin et de la Dauphine Marie-Josèphe de Saxe, voyez l’attachant ouvrage de M. Casimir Stryjenski : La mère des trois derniers Bourbons.