Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 31.djvu/575

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resserrer davantage tous les tendres liens qui nous unissent pour la vie. » Ainsi, se dénoue la querelle que closent définitivement ces deux lignes du Roi : « J’ai reçu votre lettre du 18 avril. Vous jugez du bien qu’elle m’a fait. »

Tout est dit maintenant et il semble que, désormais, le malentendu qui a menacé un moment l’entente des deux frères ne se renouvellera pas. Mais, c’est trop compter sur la sagesse de Monsieur et sur la longanimité du Roi. A l’heure même où les avances de celui-ci, encore que ce ne fût pas de son côté qu’on dût en attendre, amènent une réconciliation nécessaire et conjurent un éclat qui serait funeste à la cause royale, les circonstances préparent un conflit d’une bien autre gravité, dont nous pourrons suivre une à une les péripéties dans la correspondance qui est sous nos yeux.


II

Depuis le désastre de Quiberon, le comte de Puisaye était en disgrâce, non que le Roi fût homme à lui tenir rigueur de sa défaite s’il eût été prouvé qu’il n’avait rien négligé pour la conjurer, mais parce que, dans la conduite de celte fatale expédition, Puisaye avait donné trop de preuves de son incapacité, de sa légèreté, de son imprévoyance, pour se dérober à la responsabilité d’un échec que le parti royaliste avait payé de son sang et qui avait eu des conséquences effroyables. Tout en cette affaire accusait Puisaye : ses vantardises antérieures, les vices d’une organisation hâtive, sa fuite éperdue dans la journée du 21 juillet, son embarquement précipité sur la Pomone, les propos de d’Hervilly mourant, la lettre accablante où l’héroïque Sombreuil le traitait de lâche fourbe, les fusillades de Vannes, et enfin le cri presque général des survivans de ce sanglant désastre.

Qu’il y eût beaucoup d’exagération dans ces griefs, que Puisaye eût été plus malheureux que coupable, c’était possible. Mais, tant de voix vengeresses clamaient contre lui qu’il n’était plus au pouvoir du Roi de lui conserver sa confiance. Dans la pensée de Louis XVIII, dans celle même du Comte d’Artois qui, tout en se plaignant de lui, ne pouvait se défendre de beaucoup d’indulgence, Puisaye devait disparaître et se faire oublier.

Il eût été, toutefois, imprudent et dangereux de le lui signifier en des termes autoritaires. C’était, malgré tout, un homme