Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 31.djvu/576

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à ménager. Le cabinet britannique ne le jugeait pas aussi sévèrement que le jugeait le Roi. Sa défaite n’avait détruit ni la considération que les ministres professaient pour sa personne et son caractère, ni leur confiance en ses talens, et pas davantage l’affection dont il était depuis si longtemps l’objet de la part des populations bretonnes sur lesquelles, au cours des insurrections vendéennes, s’était exercée son autorité. Lui-même n’entendait pas renoncer à son commandement. Rentré à Londres au lendemain de Quiberon, il y avait retrouvé la faveur des ministres, l’amitié de l’un d’eux, Windham, chargé du département de la Guerre. Fort de cette influence que n’avait pu détruire son malheur, il activait ses démarches à l’effet de se faire transporter en Bretagne pour y reprendre le rôle prépondérant qu’il y avait naguère rempli de l’aveu et au nom du Roi.

Or, ce rôle, le Roi ne voulait pas le lui rendre. Dès les premiers mois de 1796, il invitait son frère à négocier avec habileté et prudence en vue d’obtenir que Puisaye donnât sa démission. De longs mois s’écoulèrent avant que Monsieur pût procéder à des démarches efficaces et se flatter de les voir aboutir. Enfin, au commencement de 1797, une circonstance imprévue lui permit de se conformer aux instructions de son frère. Puisaye, comme s’il les avait pressenties et voulait les prévenir, avait envoyé à Blanckenberg des émissaires de confiance, lesquels, sous prétexte de soumettre au Roi ses projets et ses plans, devaient plaider sa cause et obtenir que ses fonctions lui fussent conservées. Mais, malgré les efforts de ses ambassadeurs et cédant aux conseils du baron de Roll, agent de Monsieur, qui se trouvait alors à Blanckenberg, le Roi ne voulut pas se prononcer. Il renvoya l’affaire au Comte d’Artois « chargé spécialement de la direction des provinces de l’Ouest, » et adressa à ce prince une note particulière en laquelle il développait ses vues et ses désirs en ce qui concernait Puisaye.

Celui-ci, aussitôt qu’il connut celte décision, alla de Londres à Edimbourg, afin de conférer avec Monsieur. Là, contrairement à ses espérances, il fut amené à donner sa démission. Il la donna cependant de manière à laisser croire qu’elle était volontaire. Mais, craignant qu’on ne la regardât comme forcée, il demanda qu’elle fût tenue secrète jusqu’à la nomination de son successeur qui semblait devoir être le prince de Rohan. Pour justifier cette demande à laquelle Monsieur s’empressa de faire droit, il