Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 31.djvu/578

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« Je me suis décidé à l’envoyer directement, par la raison que, l’ayant envoyée sous la même restriction (si mes agens voyaient la chose du même œil que moi), je ne sais pas s’il la recevra et que si je l’avais fait passer par vous, comme j’aurais fait en toute autre circonstance, il y aurait eu un temps considérable de perdu ; et vous voyez que, de cette manière, il la recevra avant que je sache moi-même si elle lui sera envoyée. J’en joins ici une copie aussi bien que de l’ordre général. »

Lorsque la lettre écrite au comte de Chalus arriva à Paris, le coup de force du 18 Fructidor venait de s’accomplir et les agens royalistes de se disperser. Elle fût cependant remise à, l’un d’eux, le prince de la Trémoïlle. Empêché de l’envoyer en Bretagne et étant parvenu à s’enfuir, il l’emporta avec lui en Angleterre. De Londres, il écrivit au Comte d’Artois à Edimbourg pour lui demander ce qu’il devait faire de cette lettre dont il lui communiquait une copie. Le Comte d’Artois n’avait pas encore reçu celle que son frère lui avait adressée, le 7 septembre. Il apprit donc tout à la fois par La Trémoïlle que le Roi, ne tenant aucun compte de son avis, venait de rendre publique la démission de Puisaye, de nommer son successeur, et qu’au lieu de charger son lieutenant général de porter sa décision à ta connaissance des intéressés, il avait préféré s’en fier aux agens de Paris du soin de communiquer sa lettre au destinataire quand ils le jugeraient opportun.

L’événement inattendu du 18 Fructidor, qui déjouait cruellement les projets royalistes, ne disposait que trop Monsieur à l’irascibilité. Il considéra le procédé du Roi à son égard comme une offense volontaire, et c’est à peine si la lettre royale du 7 septembre, arrivée sur ses entrefaites, put le ramener à une interprétation moins irritante de la conduite de son frère. La réflexion fut plus efficace. Ayant ordonné à La Trémoïlle de ne pas expédier la missive royale à Chalus, il se domina assez pour ne rien trahir, dans la sienne au Roi, des sentimens qui l’agitaient.

Après avoir reconnu la réalité des sujets de plaintes qu’avait donnés Puisaye, il ajoutait : « Eh bien ! mon cher frère, malgré tout cela, votre intérêt et mon devoir exigent impérieusement que je vous demande avec la plus vive instance de vous en rapporter uniquement à moi sur la manière d’employer M. de Puisaye dans la partie que vous m’aviez confiée et d’approuver que