Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 31.djvu/587

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


prendre auprès de lui la direction de ses affaires financières, et il le lui annonça sans avoir pris soin de consulter Monsieur.

La correspondance qui est sous nos yeux témoigne du mécontentement du prince ; elle est pleine de ses récriminations. Une lettre, en date du 15 octobre, les résume. Après avoir rappelé ce qui s’est passé pour Puisaye d’abord, pour l’abbé André, ensuite, il précise son grief en ce qui touche Dutheil : « Sans me consulter, sans même m’en prévenir, vous déplacez l’homme que j’emploie depuis plusieurs années à la suite de vos affaires les plus importantes, celui qui n’a pu qu’avec beaucoup de temps et de soins s’amalgamer avec le ministère britannique, ses bureaux, et obtenir tout accès auprès d’eux. Enfin, non seulement, vous ne me demandez pas mon avis sur le choix de son remplaçant, mais vous vous bornez purement et simplement à m’annoncer que ce choix est fait et que vous me le ferez connaître. Jugez d’après cela, mon cher frère, jugez vous-même ce que je dois penser, ce que je dois sentir. »

Louis XVIII était encore sous le coup de la conduite de son frère dans l’affaire Puisaye. Dans le nouveau grief que Monsieur lui imputait, il vit une fois encore la prétention d’entraver son pouvoir et l’accomplissement de sa volonté. C’était pour lui une belle occasion d’établir une fois de plus qu’il était et entendait être seul maître. Il ne manqua pas d’en profiter, mais il le fit sans se départir des formes affectueuses qui caractérisent sa correspondance.

« J’ai reçu, mon cher frère, votre lettre du 15 octobre et j’y réponds par occasion sûre. Cette lettre m’a affligé parce que vous avez l’air de douter de ma tendresse pour vous. Croyez, mon ami, que la plus grande peine que je puisse éprouver est de ne pas toujours faire ce que vous pouvez désirer, de ne pas toujours déférer à vos avis. Après cette profession de foi que j’ose espérer qui était inutile à votre cœur, mais dont le mien n’a que trop souvent besoin pour son soulagement, j’en reviens, en très peu de mots, aux trois articles de votre lettre.

« J’ai fait à l’égard de M. de Puisaye ce que j’ai cru devoir faire et je recommencerais si j’étais dans le cas, car je crois que rien ne pourrait être pire que de n’en pas finir avec un aussi méchant homme. Je n’ai jamais cru à son roman de Bretagne ; je vous l’ai fait connaître, mais je n’ai que trop vu son insolence envers vous.