Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 31.djvu/590

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laisse renverser le trône pontifical ; l’Autriche laisse opprimer la Suisse et ne sait pas même profiter de l’imprudence de Bernadotte et d’un mouvement qu’elle avait, selon toutes les apparences, excité elle-même ; la Prusse excite et ressent une défiance universelle et décèle sa faiblesse par celle de sa conduite ; la Russie n’a que des vues pacifiques. Ce qu’on peut conclure d’un pareil tableau, c’est : point de mouvemens partiels. »

Dans le même temps, la Comtesse d’Artois, qui résidait à Turin auprès de son frère le roi de Sardaigne, ne s’y trouvant plus en sûreté à cause de la marche en avant de l’armée républicaine, fit demander par l’entremise de La Fare, l’évêque de Nancy, un asile à Vienne. Le Roi ne fut informé de cette démarche que lorsqu’elle était en cours d’exécution. Sans se préoccuper de savoir si son frère avait été consulté, mécontent de ne l’avoir pas été lui-même, il n’hésita pas, en écrivant à Monsieur, à en blâmer et le fond et la forme.

« Ne pensez-vous pas comme moi qu’elle ne peut produire un bon effet à Vienne, dans le moment où je m’occupe d’en retirer ma femme et ma nièce ? De plus, elle est faite d’une façon tout à fait inconvenante. Qu’est-ce que c’est que de demander à l’Empereur un asile pour Son Altesse Royale Marie-Thérèse de Savoie ? Votre femme est-elle divorcée ? La mère de vos enfans rougit-elle de leur nom ? Si on avait fait ce qui se pratique en pareil cas, qu’on eût pris un nom d’incognito, je n’y trouverais rien à redire quant à la forme : mais, comme cela, elle ne vaut rien du tout, et j’imagine que vous le ferez savoir à qui de droit. »

Quant à la Comtesse d’Artois, il jugeait qu’elle était très convenablement à Turin, et qu’elle devait, par conséquent, y rester le plus possible. « Mais en mettant les choses au pis, et en supposant qu’on sera obligé de quitter le Piémont, il est impossible de songer à un établissement durable en Autriche italienne ni allemande, et il faut pourvoir au futur. Si je demandais à l’empereur de Russie que ma belle-sœur vînt à Mitau, je suis bien sûr qu’il me répondrait : « Que ne va-t-elle retrouver son mari, comme votre femme va venir vous retrouver ? » Il est bien certain que près de vous, elle serait décemment, et qu’ailleurs elle n’y serait pas, n’étant plus chez son frère. C’est à vous de voir si cela vous convient. Mais, dans le cas contraire, je ne vois que Naples, qui a, cependant, mille inconvéniens, mais où, du moins,