Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/101

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Elle en diffère pourtant en ce que les femmes n’y tenaient aucune place, tandis que dans nos salons elles dominaient, et cette différence est capitale. La présence des femmes donne aux réunions mondaines un caractère particulier. Sans parler du charme qu’elle y apporte, elle a un avantage précieux : elle les maintient dans un milieu convenable entre une liberté excessive et un sérieux exagéré. Les amis de Scipion étant choisis dans un monde distingué, le premier de ces défauts n’était guère à craindre : leurs habitudes de vie élégante devaient les mettre à l’abri de toute grossièreté dans leurs propos et leurs manières. Mais on pouvait redouter l’autre. Ces jeunes gens venaient de traverser des écoles de grammairiens et de philosophes, ils vivaient dans l’intimité de savans grecs, ils pouvaient avoir gardé de ce commerce quelques habitudes de pédantisme ; le bon sens romain les en préserva. Nous voyons qu’au lieu d’étaler leurs connaissances, ils mettent une certaine coquetterie à les dissimuler. Ils ne veulent pas qu’on les prenne pour des savans de métier ; ils sont simplement, prétendent-ils, de bons bourgeois sans prétention (unus e togatis), qui répètent ce que l’usage de la vie ou les exemples de leurs pères leur ont appris. Ils reprochaient aux Grecs d’avoir la vanité de leur science, d’être passionnés de disputes, d’entamer hors de propos, devant des gens incapables de les comprendre, des controverses subtiles, de soulever de préférence des problèmes insolubles et inutiles. Eux, au contraire, s’attachaient surtout à la morale de tous les jours ; ils choisissaient des questions que peut résoudre l’expérience de la vie commune, et les traitaient sans effort de dialectique, sans appareil de raisonnement, « à la bonne franquette, pingui Minerva. » En un mot, tandis que les Grecs leur semblaient des professeurs qui ont peine à quitter le ton de l’école, eux se piquaient de n’être que des gens du monde, qui causent familièrement avec des amis ; et je crois bien que c’était leur façon ordinaire de converser entre eux, quand ils avaient la joie de pouvoir se réunir.

Nous ne sommes guère informés des lieux où ils se réunissaient d’ordinaire. Tout au plus peut-on essayer de les imaginer d’après les dialogues de Cicéron. On sait que les Romains ont conservé longtemps l’habitude de ne venir à la ville que pour leurs affaires. Quand ils n’avaient pas à voter au Champ de Mars, à siéger au Sénat, à parler au Forum, à défendre un client