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VII

Il est vrai que ce sont des paroles, et qu’il reste à savoir ce qu’elles sont devenues dans la pratique.

Il faut bien avouer que les Romains n’ont pas fait la conquête du monde sans commettre des injustices, des violences, des cruautés ; l’humanité était un idéal pour eux plus qu’une règle, dont ils ne se sont jamais écartés. Mais tout de même, il est beau pour un peuple d’avoir un idéal et de le placer très haut, au risque de ne pas toujours l’atteindre. L’histoire montre d’ailleurs qu’ils l’ont souvent réalisé dans les limites où il pouvait l’être, et que c’est une des principales raisons qui expliquent qu’ils aient pu conquérir un si vaste empire et qu’ils l’aient gardé si longtemps.

On peut se demander d’abord pourquoi cette bonne fortune leur est échue plutôt qu’à un autre peuple. Il semblait qu’elle dût revenir aux Grecs, qui les dépassaient par tant de grandes qualités et de qui précisément ils tenaient ce qu’ils avaient appelé l’humanité. Les Grecs paraissaient bien mieux faits que les Romains pour réunir les peuples autour d’eux. De tout temps ils ont exercé un attrait singulier sur tous ceux qui les ont connus ; on ne pouvait avoir de relation même passagère avec eux sans devenir leurs admirateurs et leurs élèves. La chevauchée d’Alexandre à travers l’Orient restera toujours une merveille inexplicable. Il lui a suffi de traverser avec une petite armée des nations dont on savait à peine l’existence pour y laisser une empreinte qui ne s’est plus effacée. La plupart d’entre elles, à ce contact passager, sont devenues grecques, et beaucoup n’ont pas cessé de l’être. Il est vrai que l’Occident s’est montré plus rebelle. La Grèce l’a pourtant entamé de plusieurs côtés ; sur presque toutes les côtes de la Méditerranée elle a jeté des colonies. Elle a conquis le sud de l’Italie et la Sicile ; elle s’est établie aux embouchures du Rhône et dans quelques coins de l’Afrique ; mais là, elle a été supplantée par Rome, quoiqu’elle eût l’avance sur elle, et dans les pays mêmes où elle a dominé le plus longtemps et à plusieurs reprises, elle a laissé peu de traces.

Une des raisons qui empêcha sans doute les Grecs de garder sur certains peuples une influence durable, c’est qu’ils ne se