Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/113

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sont pas assez appliqués à mettre leurs actions d’accord avec leurs doctrines. Ils donnaient de très beaux préceptes et de fort mauvais exemples. Pour nous borner à ce qui nous occupe, c’est de l’école socratique que venait en droite ligne le vers célèbre de Térence :

Homo sum, humani nihil a me alienum puto.

Sénèque disait qu’il devrait être dans tous les cœurs et sur toutes les lèvres. Les Grecs, qui l’écrivaient dans leurs livres, l’avaient quelquefois à la bouche, mais il est bien sûr qu’il n’était pas dans leur cœur. D’abord l’étranger, le barbare, comme ils disaient, n’était pas un homme pour eux. Aristote pense qu’on peut tout se permettre avec lui, et il trouve même qu’on lui rend service en le forçant d’obéir, puisqu’il est incapable de se gouverner. Platon croit être très généreux quand il distingue entre la guerre et ce qu’il appelle la discorde. Lorsqu’on combat contre l’étranger, c’est la guerre ; la lutte entre Grecs est simplement la discorde. Dans la guerre, tout est permis ; on peut brûler les maisons, ravager les champs, réduire les habitans en servitude, Platon n’y voit pas d’empêchement : ce sont des barbares. On doit être un peu plus modéré quand c’est une simple discorde, c’est-à-dire quand on a des Grecs en face de soi ; il faut alors se contenter d’enlever la récolte de l’année et l’on ne doit pas faire d’esclaves. Mais ces timides réserves furent rarement respectées. Les Grecs, qui se battaient toujours, ne se battaient guère qu’entre eux, et les luttes fraternelles sont, comme on le sait, les plus implacables de toutes. On n’y reconnaissait aucun autre droit que celui du plus fort. Les Athéniens en avaient fait un principe qu’ils appliquaient sans distinction à tous leurs ennemis, Grecs ou barbares. « Quand les forces sont inégales, disaient-ils à leurs voisins de Mélos, qui les imploraient, la justice est inutile ; le plus faible doit céder. » Que nous voilà loin de l’humanité ! Polybe a raconté les dernières luttes de la Grèce ; c’est une histoire lamentable, et jamais il ne s’est commis plus d’atrocités. Je ne parle pas de la cruauté des foules : la foule est partout lâche et féroce, et nous avons vu, en pleine civilisation, des spectacles qui rappellent ceux qu’offrit Alexandrie, quand la populace ivre de sang mit en lambeaux Agathoclès et tous les siens. Mais des chefs de peuple, comme Nabis, à Sparte, ou Philippe, en