Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/132

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comme les contemporains de Rabelais, une mère à être brûlée vive « pour avoir empoisonné son enfant avec son lait. »

Mais les plus graves personnages étaient encore entichés d’astrologie, de chiromancie et de magie. Ils croyaient aux « charmes, » à la pierre philosophale, aux « caractères » ou talismans qui faisaient leur porteur invulnérable, aux herbes et aux poudres mises dans les souliers et les habits, par lesquelles ou captait l’amour des dames. Richelieu se fît envoyer, par un banquier de Rome, un anneau qui, porté au second doigt, « était un excellent préservatif contre les hémorroïdes ; » et le maréchal de Brézé écrivait au secrétaire d’État Bouthillier, dont la belle-fille était sur le point d’accoucher, pour lui recommander l’« eau de tête de cerf. » Il lui envoie, d’Angers à Paris, « par un laquais exprès, » un flacon gros comme le pouce, de peur que la fiole ne fût cassée par le messager ordinaire : « Monsieur, l’on fait aussi grand cas, ajoute-t-il, d’un os que l’on trouve dans le milieu du cœur des cerfs, qu’on fait prendre en poudre, dans un peu de vin blanc, aux femmes qui sont en travail. »

Le trésor banal de nos découvertes accumulées fait que nos commères d’aujourd’hui sont plus fortes en médecine que les « mires » et les physiciens du roi « Felippe » et qu’un ouvrier du XXe siècle est moins facile à abuser sur certains sujets que le cardinal de Richelieu.

« Guénaut a dit quatre mille fois qu’on ne saurait attraper l’écu blanc des malades si on ne les trompe. » Gui Patin, qui nous conte ce propos d’un confrère, faisait de même sans doute, et de même aussi font plus ou moins nos médecins contemporains. Le cas n’est pas pendable ; parfois il est fort innocent. Interrogez nos célébrités médicales appelées en consultation au chevet d’un malade, elles avoueront avoir à faire quelques gloses inévitables : la première, pour couvrir, s’il s’est trompé dans son diagnostic, le médecin ordinaire qui les a appelés, en expliquant que son traitement était jusqu’ici le meilleur à suivre, bien qu’il faille pourtant le changer en tout ; la seconde, pour réconforter le client, incurable ou désespéré, en lui faisant entendre que sa gué ri son risque d’être longue.

Le vice ridicule de « Monsieur Purgon » et de ses collègues n’est pas d’avoir ignoré, mais d’avoir refusé de s’instruire ; Au lieu d’apprendre la médecine au lit des patiens, ils argumentaient et philosophaient sur les bancs de l’école. La plupart des