Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/140

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possédassent ; tel chef-lieu de sénéchaussée n’en avait qu’un. On est surpris de voir, dans les registres du conseil communal, que Nîmes, en 1640, « pour ne pas se priver des secours du seul homme de l’art » qu’il y eût dans la cité, doit en passer par ses exigences. A Paris même, Gui Patin nous révèle, en 1631, « qu’il n’y a aucun médecin dans les hôpitaux de peste ; au grand détriment du public, aucun d’eux n’y est employé. On laisse soigner cette maladie aux ignorans chirurgiens, — ignaris tonsoribus. »

A l’heure actuelle, les praticiens, diplômés à la suite d’études et d’examens, sont très irrégulièrement répandus par le monde : depuis l’Angleterre où, par 10 000 âmes, il s’en trouve 8, jusqu’en Turquie où il ne s’en trouve pas 2. La France compte présentement environ 20 000 médecins, c’est-à-dire plus de 5 par 10 000 habitans et leur nombre a doublé depuis soixante ans [1]. On le croira sans peine si l’on sait qu’en 1850 le grade de docteur en médecine était conféré, dans les facultés françaises, à 360 sujets par an ; de 1871 à 1880, en moyenne à 580 ; de 1891 à 1900, à 960 et, depuis 1901, à 1 130 personnes annuellement. Or, durant le même laps de temps, la population française ne s’est accrue que d’un dixième.

Paris compte aujourd’hui 3 000 médecins pour 2 700 000 âmes ; en 1862, il en comptait 1800 et, en 1846, 1 500. Ce dernier chiffre paraissait d’ailleurs excessif sous Louis-Philippe et hors de toute proportion avec les besoins de la population : « Nous sommes en aussi grand nombre que les malades, disait le docteur Reveillé-Parise, gémissant sur l’encombrement de la profession, bientôt même il y aura plus de chats que de souris. » Il concluait que, « si l’on défendait pendant dix ans toute réception de docteurs, il en resterait encore assez. » Or on vient de voir que c’est le contraire qui a eu lieu et que l’on diplôme maintenant chaque année trois fois plus de docteurs qu’au début du second Empire.

Au XVIIe siècle, il n’y avait à Paris que 113 médecins pour 400 000 habitans, et il n’en était admis en moyenne que 4 nouveaux par an. Troyes n’avait alors que 6 médecins ; Amiens, au contraire, « petite ville désolée de guerres et passages

  1. L’augmentation serait de beaucoup plus du double si, dans la même période, l’eflectif des simples « officiers de santé » n’avait diminué de 5 510 en 1866 à 12 00 en 1901.