Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/139

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moyen âge, qu’elle ne l’était au XVIIIe siècle : en 1253 par exemple, une ordonnance du maire de Limoges interdisait toute visite chez les accouchées avant leur rétablissement ! L’autorité municipale tranchait, en d’autres pays, des matières qu’elle n’eût pas osé aborder en France ; on n’apprend pas sans rire, de, notre ministre en Danemark, sous Louis XIII, qu’à la porte de l’Hôtel de Ville de Copenhague sont pendues deux mesures types : l’une est l’aune du pays, l’autre « la mesure que doit avoir un homme pour ne pouvoir être convaincu d’impuissance. »

Parmi les ingérences dans le domaine des affaires particulières que se permettaient chez nous les conseils de ville, on peut citer le choix du médecin qui soignera les bourgeois, ainsi que la fixation du prix de ses visites. Ces obligations avaient leur contre-partie : sans cette clientèle garantie, le médecin ne serait pas venu s’établir dans la commune : ou bien il ne médicamenterait pas les pauvres gratis, ce qui indirectement soulage la communauté. Il serait en droit d’élever ses prétentions d’une façon fâcheuse, s’il survenait une épidémie. Si les citoyens perdaient sur quelques points leur liberté, ils y trouvaient des avantages ; la preuve, c’est que de pareils traités disparurent presque partout au XVIIIe siècle, quand, la concurrence devenant possible, le monopole devint gênant.

On en peut induire, et que les médecins durent pendant longtemps être fort rares, et que cette rareté tenait à ce que la clientèle faisait défaut. Le besoin de médecin est, comme beaucoup d’autres, un besoin récent, inconnu du passé. C’est seulement en 1708 que furent institués les médecins et chirurgiens militaires ; et peut-être qu’avant cette date il en existait déjà quelques-uns sans qualité officielle, mais certainement jusqu’aux premières années du règne de Louis XIV on ne s’était jamais avisé d’en avoir. « Les soldats, dit Arnaud, voient que dans leurs maladies on a moins soin d’eux que l’on n’en a des chevaux, lesquels on fait panser soigneusement, parce qu’on ne les peut perdre sans qu’il en coûte de l’argent pour en avoir d’autres. » Les officiers riches avaient dans leur train des barbiers-chirurgiens, les autres se contentaient des empiriques du lieu le plus proche et les municipalités, si l’on était en France, enjoignaient, sous peine de fortes amendes, aux médecins du cru de « visiter et panser » les blessés.

Des médecins, il n’est pas sûr que toutes les villes en