Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/181

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L’Emyrne, aussi bien, est peut-être dans le monde le plus terrible champ de bataille des nuages. Tous les jours pendant la moitié de l’année, des orages éclatent à midi ; des pluies diluviennes s’abattent soudain, à faire déborder en quelques minutes les ravines où roulent les roches ; dans un fracas multiplié par tous les échos de ces parois nues de montagnes, la foudre sillonne inlassablement l’espace pendant plusieurs heures, incendiant des maisons, tuant des hommes et des bœufs affolés.

On retrouve dans la capitale Tananarive les caractères du village hova, mais royalement développés. Elle est une vaste cité, révélant par son originalité impérieuse la puissance d’une authentique civilisation et par sa grandeur, par la multiplicité des quartiers toujours en construction, une importance qu’ont déterminée toutes les conditions, géographiques, économiques, politiques. Cette civilisation est celle des Hovas ou plus proprement Mérinas [1], sans doute malais, javanais ou cambodgiens (présentant parfois des types japonais parfaits), en tout cas appartenant au grand tronc mongolique, les yeux allongés et bridés, les pommettes saillantes, les cheveux raides et lisses, le teint cuivré : portés sur la côte malgache vers le XVIe siècle et ne pouvant retourner à l’Orient à cause des courans, ils souffrirent de la fièvre sur le littoral, se réfugièrent dans l’intérieur et y dominèrent les indigènes. On a prouvé qu’ils avaient adopté la langue, étrangère pour eux, de ceux qu’ils avaient vaincus et qui étaient bien moins intelligens qu’eux : nous en pouvons conclure qu’ils liaient beaucoup moins nombreux, en outre probablement sans femmes. Il leur a donc fallu un réel génie politique pour imposer aux populations autochtones du Plateau Central qui vivaient dans une anarchie patriarcale la monarchie fortement centralisée Ils superposèrent à l’esprit malgache un esprit tout asiatique, d’autocratie et d’intrigue, fait de souplesse et de perfidie autant que de servilité superstitieuse. Ils gardèrent toujours pour la monarchie un respect sacré, au point qu’en 1830, lors des assassinats dynastiques, les membres de la famille royale

  1. Outre les ouvrages déjà cités, notamment le très beau livre de M. Gautier, il y a sur les Hovas le précieux ouvrage de Jean Carol : Chez les Hovas ; — du R. P. Piolet : Madagascar et les Hovas ; — le Madagascar au XXe siècle, édité chez Rudeval — le Voyage du général Galliéni.