Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/219

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Et il résulte de tout cela qu’au lieu de faire bon ménage avec l’instabilité des formes anatomiques, la fixité du fonds vital en devient au contraire la négation. Celle-ci détruit celle-là et subsiste seule comme règle et comme loi. Le transformisme s’écroule. L’évolution disparaît ; elle n’est plus qu’une erreur monumentale de l’esprit humain. L’adaptation, exact contre-pied de la réalité, sombre dans le naufrage universel.


Les physiologistes, les disciples de Claude Bernard, déclinent toute responsabilité dans la catastrophe philosophique ainsi prophétisée. Celui qui signe ces lignes, en particulier, se défend d’y avoir aucune part, bien que l’école nouvelle, qui compte d’ailleurs dans ses rangs des philosophes et des lettrés de marque, MM. Jean Weber, Jules de Gaultier, L. Corpechot, Paul Adam, ait fait quelque bruit de sa prétendue conversion. C’est à tort que l’on a interprété dans ce sens une lecture faite le 25 octobre dernier à la séance annuelle des cinq Académies.

Cette lecture était consacrée à un sujet plus modeste. Il s’agissait d’exposer les principes sur lesquels repose la cure par déchloruration, découverte thérapeutique récente due à M. F. Widal et à ses élèves, MM. Javal, Achard, Ambart. C’était une matière un peu aride pour le lieu et pour l’auditoire : l’auteur avait essayé de l’élargir, en terminant son exposé par quelques réflexions générales. Considérant les cellules vivantes dont l’assemblage constitue les organismes supérieurs, l’auteur comparait une fois de plus le corps de l’homme ou de l’animal à une cité populeuse dont ces cellules seraient les citoyens anatomiques. « Si, d’un animal à l’autre, ces organites élémentaires sont assemblés en des formes architecturales différentes, ils vivent pourtant de la même manière, s’alimentent, digèrent, respirent, excrètent de même, détruisent et édifient de la même façon les principes chimiques immédiats. Le fonds vital est commun à tous, et presque fixe.

« Au contraire, les assemblages morphologiques en organes, appareils, formes individuelles, formes spécifiques, sont prodigieusement diversifiés. — Si l’on met celte unité du fonds vital en regard de l’infinie variété des formes, des structures, des aspects, on ne peut s’empêcher de comparer l’œuvre de la nature à celle d’un fondeur qui jetterait dans des moules spécifiques, à chaque instant modifiés et adaptés aux besoins du jour ou aux suggestions de l’heure