Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/220

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


présente, un métal toujours le même. Et, ainsi, en face du transformisme illimité, effréné, éperdu des formes zoologiques, se dresse en un saisissant contraste la fixité relative du fonds physiologique. »

Et, plus loin, résumant sa pensée en une formule plus brève et déjà employée d’ailleurs dans son livre sur La Vie et la Mort, l’auteur disait : « Les êtres vivans diffèrent infiniment plus par leur morphologie que par leur physiologie. »

C’est là une doctrine qui n’est point nouvelle. La génération présente l’a reçue de Claude Bernard, qui lui-même ne l’a pas créée de pied en cap, mais l’a coordonnée, précisée et assise sur un fondement expérimental solide. Les termes mêmes dans lesquels elle est ici exprimée se retrouveraient dans les écrits ou dans l’enseignement du vieux maître disparu. Si cette manière de voir oppose la fixité relative du fonds vital à la variété des formes vivantes, c’est dans un contraste suggestif et non point dans une contradiction irréductible et dans un antagonisme imaginaire. Et, puisqu’elle est détournée ici, par des interprétateurs, de sa véritable signification, il importe de montrer comment est entendue par les physiologistes cette doctrine de l’unité vitale qui prétend à n’être point confondue avec d’autres doctrines beaucoup plus hasardeuses.


II

Il y a donc dans les êtres vivans deux choses, la forme et la vie. C’est cette formule même « la Forme et la Vie » qu’un naturaliste très pénétrant, M. F. Houssay, donnait pour titre, il y a quelques années, à l’ouvrage remarquable dans lequel il a su faire tenir le monde animal envisagé sous ses divers aspects. La formule résume bien, en effet, tout l’animal, l’être vivant tout entier. La première notion que nous ayons des animaux, c’est celle de formes visibles, individuellement discernables et reconnaissables. Elles sont, de plus, très diversifiées de l’une à l’autre, du chien à l’oiseau, au poisson, au ver, à l’huître.

Tout le monde sent en outre, et plus ou moins vaguement, que ces êtres ont quelque chose en commun par quoi ils se ressemblent entre eux et diffèrent des objets inanimés ; mais il est aussi difficile d’expliquer en quoi consiste cet attribut commun qu’il est facile, au contraire, de décrire la figure, la taille, la couleur, c’est-à-dire les qualités de la forme visible.

L’histoire naturelle s’est longtemps bornée à cette dernière tâche. Elle se contentait de la considération des formes, soit extérieures,