Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/229

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à moins qu’il n’ait voulu changer, non seulement de moyens, mais de but. Son but avoué était hier l’apaisement : on se demande ce qu’il est désormais.

Il faut ici admirer le singulier illogisme des choses humaines ! Pendant plusieurs mois, on a entendu le gouvernement dire très haut qu’il appliquerait la loi de 1905, rien que cette loi, toute cette loi. Elle avait tout prévu ; elle suffisait à tout ; et, quoi qu’on pût faire ou dire à Rome ou ailleurs, aucune force humaine ne l’en ferait dévier. Il y aurait eu quelque grandeur dans cette attitude, si le gouvernement s’y était maintenu. Il aurait fait preuve d’une belle possession de lui-même, si, en dépit de tout ce qui pouvait advenir, il était resté à la hauteur où il s’était placé, laissant les orages se former au-dessous sans qu’aucune perturbation inférieure ne remontât jusqu’à lui et ne vînt troubler sa sérénité. On a pu croire, pendant quelques semaines, qu’il en serait ainsi. M. Briand répondait avec beaucoup de sang-froid aux encycliques du Saint-Père ; il donnait à la loi des interprétations souples et ingénieuses qui permettaient de l’adapter à toutes les circonstances ; on reconnaissait en lui quelques-unes des qualités d’un homme de gouvernement ; ses adversaires eux-mêmes rendaient justice à la convenance de son langage et à la modération de ses actes. Tout d’un coup, changement complet ! M. Briand annonce qu’il s’était trompé ; que la loi de 1905 ne suffit plus à une situation profondément modifiée, et qu’il se voit obligé de procéder à des mesures de rigueur. Sa parole même devient embarrassée, hésitante, parfois violente. Que s’est-il donc passé de si considérable ? Nous l’avons dit : le Pape s’est prononcé contre la déclaration. Mais qu’est-ce donc que la déclaration ? Est-ce un de ces actes essentiels, importans, indispensables, à l’exécution desquels le maintien de la paix publique est attaché ? Non, c’est une formalité qui tend de plus en plus à tomber en désuétude, dont on se passe dans beaucoup de cas, et qui, dans l’espèce, est pratiquement indifférente. Elle ne peut faire ni bien ni mal. On comprend que le gouvernement l’impose, comme la loi l’y convie, lorsqu’il s’agit d’une réunion publique exigeant de sa part certaines mesures de précaution. Mais en est-il ainsi pour les réunions des fidèles dans une église ? Les mœurs sont ici plus fortes que tout, et elles apportent avec elles la meilleure des garanties. Le gouvernement le sentait fort bien lui-même lorsqu’il se contentait d’une déclaration annuelle. Cette déclaration n’avait plus qu’un caractère symbolique. Alors, demandera-t-on, pourquoi le Pape l’a-t-il refusée ? Ce n’est pas à nous de le dire, et nous aurions beaucoup de