Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/265

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Le cabriolet ne se trouva pas raccommodé. J’en cherchai un autre inutilement. Je voulus engager mon jeune conducteur à me laisser partir à cheval. Il s’y refusa. Peut-être aurait-il cédé ; mais au premier mot, je me mis dans une colère furieuse et je l’accablai d’injures. Il se moqua de moi. Je voulus le prendre par la douceur. Il me dit que je l’avais trop mal traité, remonta sur sa bête et me planta là. Mes embarras augmentaient ainsi à chaque minute. Je couchai à Stamford dans un vrai désespoir.

Le lendemain je me déterminai à retourner à Thrapston dans l’espérance d’engager mon hôte à me trouver un autre véhicule. Quand je lui en reparlai, je l’y trouvai très peu disposé. Une circonstance assez bizarre et que je n’aurais jamais devinée lui avait donné très mauvaise opinion de moi. Depuis mon ivresse de Lynn, j’avais une sorte de répugnance pour le vin et de crainte de l’état où j’avais été pendant quelques heures. En conséquence, pendant tout le temps que j’avais passé à l’auberge de Thrapston, je n’avais bu que de l’eau. Cette abstinence peu usitée en Angleterre avait paru à mon hôte un vrai scandale. Ce ne fut pas lui qui m’apprit la mauvaise impression qu’il en avait reçue contre moi, ce fut l’homme qui m’avait précédemment loué un cabriolet, et que je fis venir pour tâcher de renouer avec lui cette négociation. Comme je me plaignis à lui de la conduite de son fils, il me répondit : « Ah ! monsieur, on dit de vous des choses si singulières ! » Cela m’étonna fort et comme je le pressais : « Vous n’avez pas bu une goutte de vin depuis que vous êtes ici, » répliqua-t-il. Je tombai de mon haut, je fis venir une bouteille de vin tout de suite, mais l’impression était faite, et il me fut impossible de rien obtenir. Pour le coup, il fallut me décider. Je louai de nouveau pour le lendemain un cheval sous prétexte d’aller à Wadenho voir si M. Bridges n’était pas arrivé. Le malheur voulut que, de deux chevaux qu’avait mon hôte, le plus mauvais était seul au logis. Je n’eus donc pour monture qu’un tout petit cheval blanc, horriblement laid et très vieux. Je partis le lendemain de bonne heure, et j’écrivis de 10 à 12 milles de là à mon hôte que j’avais rencontré un de mes amis qui allait voir les courses de chevaux à Nottingham et qui m’avait engagé à l’accompagner. Je ne savais pas les risques que je courais. La loi en Angleterre considère comme vol l’usage d’un cheval loué, pour une autre destination que celle qui a été