Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/308

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maritime, auquel j’ai parlé de mon désir d’embarquer sur la Renommée. Grande fut ma frayeur lorsqu’il me dit que tous les aspirans étaient désignés et que, pour cela, il eût fallu un ordre spécial du ministre. J’étais furieux.

En le quittant, je me rendis chez le major général qui me fit l’accueil le plus affable. Du diable si je savais pourquoi, lorsqu’il m’apprend qu’une dépêche ministérielle de l’amiral Hamelin ordonne mon embarquement sur la frégate que je visais. J’en fus très heureux. Je rêvais beau, en fumant ma cigarette ; j’aurais voulu exprimer cette joie, ne fût-ce qu’à un camarade.

M’étant présenté au commandant de ma frégate, j’en reçus un aussi bienveillant accueil. Je commence demain mon service, je m’ennuyais déjà.

Ne vous préoccupez pas de mon moral. Il est bon. C’est vrai, notre séparation m’a beaucoup coûté et me coûte encore beaucoup. Mais il y a les lettres, puis encore des lettres, et, quand elles manquent, il y a la pensée.

Oui, je songe au bonheur que j’aurai à vous retrouver dans trois ans ; je vous en supplie, ne vous inquiétez pas de moi ; pensons ensemble au retour, à la joie immense d’être réunis. Vous verrez, alors votre midship, avec de la barbe, un vrai loup de mer.

La frégate s’armait lentement au vif déplaisir de l’aspirant. L’ennui, son démon familier, le hantait déjà pour ne jamais le quitter.

J’ai hâte d’en finir. Les journées sont interminables. Nous ne faisons rien que surveiller l’armement de la frégate, l’embarquement du charbon, du vin, scruter les noires profondeurs de la cale avant de l’abandonner aux rats, car il faut s’assurer que les soutes sont en bon état.

Heureusement, ce service ne durera pas longtemps. Une fois en pleine mer, nous remplirons les fonctions qui conviennent à un officier de vaisseau.

Le commandant a reçu à mon sujet une lettre de l’amirale Baudin et m’a félicité à cette occasion. Cela me contrariait excessivement, car c’est à vous, à vous seuls, mes amis les meilleurs, que doivent revenir ces flatteuses paroles, à vous à qui je dois ce qui embellit ma vie.