Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/331

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Robert sur la Dryade. Sa fièvre ne cessait pas. « Il mourra pendant la traversée, » disait le médecin du bord.

Commandé par M. de Surville, pour qui Robert avait un sentiment de particulière estime et d’admiration, le bâtiment devait relâcher à Aden où il arriva un soir. Aussitôt l’ancre jetée, les dépêches furent remises au commandant ; le lendemain, à quatre heures du matin, M. de Surville entra dans la cabine de mon frère : « Je vous réveille trop tôt, lui dit-il, mais c’est un bon réveil. » Et, détachant sa croix, il l’embrassa : « Je vous donne l’accolade que reçoit de son parrain tout chevalier de la Légion d’honneur.

« — Commandant, je voudrais le faire savoir à ma mère. Si je meurs avant d’arriver en France, ma famille aura eu cette joie. »

Il se trompait, rien ne pouvait nous réjouir s’il n’existait plus.

Nous avons de nouveau connu les alternatives de l’attente. Nous allâmes le chercher à Toulon. Lorsque le sémaphore eut signalé son bâtiment, nous montâmes dans le canot amiral mis à notre disposition par le préfet maritime. Le vaisseau s’approchait, mais lentement, très lentement. Nos cœurs battaient à se rompre. Il était sur le pont, regardant ardemment cette terre bénie, cette terre de France qui allait le recevoir. Ignorant notre présence, il ne nous cherchait pas. Aussi, lorsqu’il nous aperçut, un cri d’indicible joie traversa l’espace : c’eût été le bonheur, mais il était étonnamment changé, — pour d’autres que nous, méconnaissable. « Je le sauverai, » dit ma mère.