Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/409

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Un vieux Faune lascif bondit comme un chevreau
Vers la source où la nymphe effarée, hors de l’eau
Saute, éclabousse l’herbe et va parmi les saules
Cacher la nudité de ses blondes épaules…
O doux ressouvenirs des poèmes latins !
Mirages évoqués par la senteur des thyms,
Effluves capiteux et subtils de la sève
Que la verte saison extra vase !… En mon rêve,
Sous les hêtres j’entends des soupirs et des heurts :
Tac ! tac ! tac !… On dirait qu’une Dryade en pleurs
Frappe du doigt l’aubier qui la retient captive…
Un chant monte là-bas, sa musique m’arrive
A travers les halliers et le lierre grimpant.
Est-ce dans les roseaux la flûte du dieu Pan ?…

Illusion, hélas !… Seul, un grand pic-épeiche,
Fouillant à coups de bec une écorce revêche,
M’a tiré de mon somme avec son cri brutal.
L’invisible flûteur jouant au fond du val,
C’est un petit berger qui souffle à perdre haleine
Dans son chalumeau fait d’une paille d’aveine.
Jusqu’aux derniers arceaux du chemin vaporeux
Mon beau songe païen s’est enfui, plus peureux
Que la nymphe surprise en son bain et transie.
Mais le réel possède aussi sa poésie,
Qui reluit d’une saine et robuste beauté.
Dans les clartés d’argent de ce matin d’été,
La forêt qui descend vers la vallée étroite,
Les sinueux détours du ruisseau qui miroite,
L’aigre sifflet du pâtre et les troupeaux blottis
A l’ombre ou piétinant les gazons du pâtis,
Tout le frais paysage a des couleurs d’idylle
Et me touche le cœur comme un vers de Virgile.


SOUS LE TILLEUL


La rougeur du soleil couchant s’est assourdie.
Voici l’heure indécise où le ciel laisse voir,
Par endroits, sa couleur de turquoise verdie
Dans le cadre mouvant du feuillage plus noir.