Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/410

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Amis, laissez-moi seul… : Dans l’herbe de la berge,
Au pied de ce tilleul en fleur je m’étendrai,
Lorsque vous reprendrez le chemin de l’auberge,
Vous n’aurez qu’à sonner du cor, et je viendrai…

Le grand arbre a son fût déjà noyé dans l’ombre,
Mais un reste de jour, là-haut, éclaire encor
La cime parfumée et verte, aux fleurs sans nombre,
Où s’attarde un dernier bourdon d’abeilles d’or.

O magique pouvoir des sons et des arômes,
Tu réveilles au fond des cerveaux engourdis
Tout un essaim chantant d’invisibles fantômes,
Toute la floraison morte du temps jadis !

Le tilleul répandait la même odeur suave
Quand j’allais à vingt ans sous ses branches m’asseoir ;
Et la même rumeur mêlée à la voix grave
De l’heure s’envolait dans la vapeur du soir.

Tandis qu’à l’horizon naît la première étoile,
Là-bas, j’entends bruire ainsi qu’aux anciens jours
Les haletans métiers des vieux tisseurs de toile,
Et les rires d’enfans aux portes des faubourgs.

Pareils à la couleur du ciel mélancolique,
Pareils à ces parfums par la brume emportés,
Je sens sourdre en mon cœur le regret nostalgique
Et les remords confus des printemps avortés…


LE BON GITE


La riante maison, avec son frais décor
De grimpante verdure où la rose fleuronne,
Est déjà loin… En moi son charme reste encor,
Doux comme les parfums de la lande bretonne.

Toujours devant mes yeux j’ai le jardin d’automne,
Le fort abandonné, la plage au sable d’or
Et, des rocs de Porsic aux grottes de Cador,
La mer qui s’ensoleille et bleuit et moutonne.