Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/412

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Ton nom latin et symbolique,
Demi-païen, demi-rustique,
Evoque la fraîcheur d’un val
Où les bergères et les fées,
D’un rayon de lune coiffées,
Viendraient la nuit mener leur bal.

Comme autrefois la Fleur qui chante,
Fantasque et merveilleuse plante,
Que de gens t’ont cherchée en vain !
Tes amoureux, que rien n’arrête,
Ont pour découvrir, ta retraite
En vain fouillé combe et ravin.

Un jour cependant, à l’orée
D’une forêt inexplorée,
Pleine d’antiques tumulus,
Sur un tertre de terre noire
Je t’ai vu surgir dans ta gloire,
Etrange Sabot de Vénus.

Là, depuis des siècles sans nombre,
Tu t’épanouissais à l’ombre
Des murgers moussus et croulans ;
Au temps des légions romaines,
Là, tu grandissais sous les chênes
Hantés de souvenirs troublans.

Car c’est au fond de ces futaies,
Que nos aïeux porteurs de braies
Attaquèrent César vainqueur,
Et que, dans le choc des mêlées,
Leur sang rouge en larges coulées
Éclaboussa l’arbre et la fleur.

Toi, bravement, pour ta défense,
Pointant ta feuille en fer de lance,
Tu haussais le frêle étendard
De ton éclatant cimier jaune,
Et tu semblais une amazone
Farouche, qui brandit son dard…