Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/413

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Et te voici, comme au vieil âge,
Toujours belle, toujours sauvage ;
Mais la forêt dort à l’entour,
Et tu répands, magicienne,
Avec plus de grâce sereine
Ta capiteuse odeur d’amour !

Maintenant que je t’ai conquise,
A l’aspect de ta forme exquise,
Ma passion s’avive encor.
Pourtant, plus craintif et plus tendre,
C’est à peine si j’ose étendre
Ma main vers tes corolles d’or.

Devant toi, je reste en extase…
Le ruisseau chante, l’oiseau jase,
Un soupir monte… Je crois voir
La plante changer de figure
Et, nu sous la feuillée obscure,
Un corps féminin se mouvoir.

La blanche vision s’élève,
Floue, imprécise comme un rêve,
— Mais quel rêve et combien heureux ! —
Boucles flottantes, clair sourire,
Blonde vapeur où l’on respire
Le parfum épars des cheveux…

Sur les crosses de la fougère
La forme dansante et légère
M’enivre d’un regard câlin ;
Ainsi, jadis, dit la légende,
Dans les bois de Brocéliande
Viviane enchanta Merlin…


LES CHANSONS DU SOIR


La lune, de vapeurs cernée,
Se lève. Las de leur journée,