Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/423

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dans les parages de l’île d’Yeu. On les crut d’abord. Mais, à la longue, le secret transpira. Les Grésillons avaient pris l’habitude de ne plus pêcher eux-mêmes la sardine et d’aller s’approvisionner en Portugal. Un fabricant les y suivit : la main-d’œuvre était pour rien là-bas ; il y établit une usine de conserves. D’autres l’imitèrent. Les « fritures » portugaises sont aujourd’hui en pleine prospérité ; mais elles ont porté un coup fâcheux à nos industriels. Le seul Setubal, avec ses 91 bateaux montés par 780 marins, « suffit à alimenter pendant neuf mois de l’année 37 usines pourvues d’un outillage perfectionné et qui peuvent traiter la sardine en quelque quantité qu’on la pêche. » De fait, chacune de ces usines fabrique en moyenne de 15 à 20 000 boîtes par jour. Les usines espagnoles ne sont pas moins florissantes. Pourtant les conditions de la pêche espagnole se rapprochent beaucoup des nôtres : si les pêcheurs portugais se passent de rogue, les pêcheurs de Vigo, de la Corogne, de Santander, de Bilbao, de Gijon, de Larédo, de Saint-Sébastien, etc., y font de plus en plus appel. De 1900 à 1905, la consommation de cet appât de provenance norvégienne a plus que doublé en Espagne : MM. Fabre-Domergue et Potigny évaluent cette consommation à 15 000 barils, représentant 2 millions de kilogrammes, et constatent qu’il y a là pour nos pêcheurs « une cause de renchérissement très appréciable ajoutée à celle résultant de l’augmentation du nombre des barques sardinières, puisque ces deux causes ont toutes deux pour effet d’accroître les demandes faites au centre de production. » Il est remarquable, d’ailleurs, que la rogue norvégienne n’a pas plus échappé à la spéculation d’un côté des Pyrénées que de l’autre : on cite chez nous, avec indignation, certaine année où le baril de cet appât s’est vendu 130 francs aux pêcheurs ; en Espagne, le même baril se vendait l’an passé 350 pesetas, soit environ 275 francs. Rien n’y fait cependant. Et le poisson lui-même peut tomber à vil prix, descendre à 0 fr. 60 le mille, pour s’élever dans les années les plus exceptionnelles à 6 francs et se tenir dans les années moyennes à 3 francs, la production est si abondante, grâce au libéralisme de la législation maritime, à la puissance des engins et à la longue durée de la campagne dépêche (neuf mois de l’année au lieu de quatre et demi chez nous), la « capacité d’absorption » des usines si merveilleusement appropriée au développement de cette production, leur outillage si perfectionné, leurs économies